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Little women ''Les quatre filles du docteur Marsch'', Tante Marsch XXIII

Tante Marsch XXIII

La visite de tante Marsch avait, convenons-en, changé du tout au tout l'aspect des choses aux yeux de Jo. On s'attache toujours un peu à celui dont on a plaidé la cause, et le plaidoyer de Jo en faveur de M. Brooke avait été si chaleureux que l'avocat s'était convaincu lui-même de l'excellence de la cause qu'il défendait. Se rappelant alors les conseils qu'elle avait donnés à Meg, il y avait peu d'instants, elle frémit à la pensée que celle-ci pouvait les avoir suivis, et résolut d'entrer sans retard dans la chambre où elle l'avait laissée, – avec son John, – bien déterminée à réparer, s'il en était temps encore, le mal qu'elle avait pu faire.

« Où avais-je la tête, se disait-elle, et le coeur ? N'est-ce pas, en effet, ce bon Brooke qui, par ses soins, nous a rendu notre père !... Mais, s'il lui plaisait de nous demander en mariage toutes les quatre, la reconnaissance seule nous imposerait le devoir de l'accepter. »

Pleine de ces magnanimes pensées, Jo, une fois son parti pris, se précipita comme un ouragan dans la chambre de Meg.

La chambre était vide ! Bien sûr M. Brooke était parti désespéré.

« Hannah ! cria-t-elle, Hannah ! Où est Meg ? Où est M. Brooke ? Je parie que M. Brooke est parti ! Avait-il l'air bien triste, Hannah ?

– Je crois, répondit Hannah, que tout le monde est dans le cabinet de M. Marsch. »

Jo y courut...

Meg, M. Brooke, M. et Mme Marsch, Beth et Amy y étaient rassemblés.

Oserai-je l'écrire ? La main de Meg était dans la main de M. Brooke ! ! !

« Félicitez-nous, dit M. Marsch à Jo, en lui montrant M. Brooke, nous avons un enfant de plus. »

Meg n'était pas sans inquiétude sur l'accueil qu'allait recevoir cette nouvelle donnée ainsi à brûle-pourpoint à l'irritable Jo, et sa main trembla un peu dans celle de son fiancé.

Quel ne fut pas son étonnement, quelle ne fut pas sa joie quand Jo, allant droit à M. Brooke :

« Embrassez-moi, mon frère, lui dit-elle de sa voix pleine et émue. Je viens de repousser en votre faveur, au nom de Meg et de toute la famille indignée, les présents d'Artaxerce. Si Meg, au nom de qui j'ai parlé, n'était pas ravie de moi et ne vous épousait pas, je ne lui pardonnerais de ma vie. »

Elle raconta alors ce qui s'était passé entre elle et tante Marsch.

Meg se jeta à son cou, et M. et M me Marsch, bien que regrettant qu'une telle scène eût pu avoir lieu, entre la nièce et la tante, ne purent se décider à la blâmer d'avoir osé exprimer des sentiments qui répondaient, sur tous les points, aux leurs.

« Du reste, dit M. Marsch, rassurez-vous, Jo. M. Laurentz, fatigué du poids de ses affaires, avait depuis longtemps l'intention de se décharger d'une partie de leur gestion sur M. Brooke. La peur de nuire aux études de Laurie lui avait seule fait ajourner cette résolution.

« Mais Laurie n'a pas voulu être plus longtemps un obstacle au bonheur de M. Brooke. M. Brooke sera remplacé par un de ses amis qui suivra fidèlement ses traditions d'enseignement et, dès à présent, l'avenir de M. Brooke et, par suite, celui de votre soeur, est assuré. Devenu, pour une part, l'associé de M. Laurentz, M. Brooke aura à voyager pendant deux ans pour achever de se mettre au courant des affaires lointaines de M. Laurentz. Dans deux ans il reviendra pour épouser Meg qui, en l'attendant, perfectionnera son éducation, de façon à pouvoir au besoin se rendre utile à son mari, et cela vous donnera aussi, Jo, l'occasion de compléter la vôtre. »

Pendant que tout cela se disait, Beth s'était peu à peu rapprochée de M. Brooke et avait fini par s'installer silencieusement sur ses genoux.

M. Marsch avait appris à Jo tout ce qu'il avait à lui apprendre. Beth regardait M. Brooke avec une attention si singulière que Jo, qui la connaissait bien et qui avait remarqué la fixité de ce doux regard, s'écria :

« Monsieur mon beau-frère, celle de vos petites belles-soeurs qui s'est fait de vos genoux et de votre bras passé autour de sa taille un fauteuil très complaisant, a, je le vois, quelque chose à vous dire, à vous dire tout bas peut-être, mais elle n'ose ; aidez-la.

« Est-ce tout haut ? est-ce tout bas ? dit M. Brooke à Beth en l'embrassant tendrement sur le front.

– C'est tout bas, dit Beth en rougissant, si maman le veut bien... »

Mme Marsch donna son consentement par un sourire. De ses deux bras, Beth attira à elle la tête de M. Brooke, et quand ses lèvres furent à la portée de son oreille, elle prononça quelques mots, mais si bas, si bas en effet, que, sans la réponse que fit soudainement M. Brooke, personne n'eût jamais su quelle question elle venait de lui adresser :

« Si je la rendrai très heureuse ! Si je l'aimerai bien et toujours ! toujours ! En pouvez-vous douter, ma sage petite soeur ? »

M. Brooke, si maître de lui d'ordinaire, étonna alors ses amis par la chaleur avec laquelle il développa ses plans d'avenir à Beth. La cloche du thé sonna avant qu'il eût fini de décrire à l'aimable enfant le paradis qu'il espérait édifier pour Meg. Beth, à chaque énumération, donnait d'un mouvement de tête affectueux son approbation à ses paroles. Quand elle se sentit pleinement rassurée, elle lui répondit avec un sérieux extraordinaire :

« Tout cela est bien, très bien, monsieur John, vous serez un très bon mari pour Meg, et d'avoir consenti à répondre à sa petite soeur me prouve aussi que vous serez un très bon frère. »

Hannah parut sur ces entrefaites pour avoir raison de ce retard. On se leva, et M. Brooke conduisit sa fiancée à table avec orgueil. Tous deux avaient l'air si heureux que Jo n'eut pas même un prétexte pour se rappeler qu'elle avait tant redouté cet accord.

Amy fut très impressionnée par l'attitude de John et la dignité de Meg ; M. et Mme Marsch étaient graves, mais évidemment satisfaits. Il était clair qu'un de leurs rêves les plus chers s'accomplissait. Personne ne fit matériellement grand honneur au repas, si ce n'est Jo, qui s'excusait en disant :

« Que voulez-vous ? Je suis comme cela, toutes les émotions me creusent l'estomac. »

La vieille chambre semblait plus claire et plus gaie que de coutume, et fière aussi de servir de cadre à un si doux tableau.

« Vous ne pourrez pas dire maintenant, dit Amy à Meg, que rien d'agréable n'arrive dans notre famille... »

L'entrée de Laurie épargna à Meg de répondre. Laurie venait, en sautant de joie, présenter un mirobolant bouquet de la part de M. Laurentz à Madame John Brooke. La conviction de l'étourdi, il faut bien le dire en passant, était que l'affaire entière avait été amenée à bon port par ses soins. Une sottise qui tourne si bien n'est plus une sottise, pensait-il. Avec ce beau raisonnement, il est jusqu'à des criminels qui finiraient par s'absoudre.

Une déconvenue l'attendait cependant. Il se faisait un malicieux plaisir de voir la mine de Jo, et fut stupéfait de la trouver parfaitement calme, causant affectueusement à M. Brooke, la main appuyée sur son bras.

« Que vous est-il arrivé ? lui demanda Laurie en la suivant au parloir où tout le monde se rendait pour recevoir la visite de M. Laurentz qui venait d'arriver ; qui a pu opérer le miracle de cette étonnante conversion ?

– Ce qui m'a convertie, dit Jo en s'asseyant dans le coin de cette pièce que Laurie appelait le coin de Jo, c'est, d'une part, une injustice criante de tante Marsch, – et je vous raconterai cela plus tard, – et de l'autre mes sages réflexions. Sans doute, il sera dur pour moi, bien que j'aie deux ans pour m'y faire, de voir un jour Meg quitter la maison, mais avec quel plus « galant homme » pouvais-je espérer la voir partir ?

– Meg ne partira pas tant que cela, lui répondit Laurie, Meg ne sera pas perdue pour demeurer à deux ou trois portes plus loin.

– Je le sais, je le veux bien, dit Jo avec un petit tremblement dans la voix, mais ce ne sera plus l'intimité quotidienne, et vous ne savez pas, vous, mon pauvre Laurie, qui n'avez ni frères ni soeurs, ce que c'est que ce lien de tous les instants. Enfin, c'est résolu, c'est accepté, c'est à son bonheur qu'il faut penser, non au mien. Or je crois fermement à son bonheur.

– Moi aussi, moi aussi, dit Laurie. Permettez- moi d'ailleurs, Jo, de vous rappeler que vous n'allez pas tomber dans une île déserte. Excepté Meg, tout vous restera. Enfin, et c'est bien mieux que rien peut-être, vous me conservez tout entier. Je ne suis pas bon à grand-chose, je le sais bien ; mais je resterai à côté de vous tous les jours de ma vie, Jo, je vous le promets, et nous aurons de temps en temps de très bons moments.

– C'est vrai, dit Jo, que vous êtes un très bon camarade, un ami gai et aimable quand vous n'avez pas de lubies, et je vous en suis bien reconnaissante. Votre bonne humeur a été et sera bien souvent une grande consolation pour moi.

– D'abord, dit Laurie avec affection, je ne pourrais jamais me passer de ma chère Jo. »

Jo, sur cette bonne parole, donna à Laurie une poignée de main bien sentie.

M. et Mme Marsch étaient à côté l'un de l'autre et revivaient, en regardant Meg et John, le premier chapitre de leur constante union.

Beth causait gaiement avec son vieil ami, M. Laurentz, qui tenait sa petite main dans la sienne.

« C'est, grâce à vous s'ils sont heureux, lui disait-elle. C'est un grand bien que celui qu'on fait aux autres ; vous devez être content du meilleur contentement, monsieur Laurentz. »

C'est sur cette scène paisible d'intérieur que le rideau tomba ce soir-là. Nous le laisserons baissé sur un espace de quatre années, s'il vous plaît.

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