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Little women ''Les quatre filles du docteur Marsch'', Meg va à la foire aux vanités IX

Meg va à la foire aux vanités IX

Le jeudi soir, Belle s'enferma avec sa femme de chambre française et Meg, et, à elles deux, elles firent de Meg une grande dame. Elles ondulèrent et frisèrent ses cheveux, lui mirent sur le cou et lui auraient mis sur les bras une certaine poudre odoriférante, si Meg ne s'était révoltée. Elles l'emprisonnèrent dans une robe de soie bleu pâle, si étroite que c'est tout au plus si elle pouvait respirer.

On ajouta à sa toilette toute une parure en filigrane : bracelets, collier, bagues, et jusqu'à des boucles d'oreilles qu'Hortense fit tenir en les liant avec un petit brin de soie rose qui ne se voyait pas. Un petit bouquet de fleurs à son corsage et des bottines de soie bleue, à hauts talons, satisfirent son dernier souhait. Un mouchoir garni de dentelle, un éventail à la dernière mode et un magnifique bouquet complétèrent sa toilette. Miss Belle la regarda avec la satisfaction d'une petite fille qui vient de mettre une robe neuve à sa plus jolie poupée.

« Mademoiselle est charmante, très jolie, n'est-ce pas ? s'écria en français Hortense, qui faisait des gestes d'admiration exagérés.

– Venez vous montrer, Meg », dit miss Belle en la conduisant dans la chambre où attendaient ses amies.

Meg la suivit ; sa robe faisait un froufrou de grande dame autour d'elle ; sa queue traînait derrière elle ; ses boucles d'oreilles tintaient ; ses frisures se balançaient gracieusement, et son coeur battait bien fort, car elle pensait que son succès allait enfin réellement commencer, je crois que son miroir lui avait dit sans détour qu'elle était réellement une « petite beauté ». Quand elle apparut au milieu d'elles, ses amies répétèrent avec enthousiasme qu'elle était ravissante, et, pendant quelques minutes, elle resta, comme le geai de la fable, à jouir de ses plumes empruntées.

« Pendant que je m'habille, voulez-vous lui apprendre à se tirer d'affaire avec sa queue et ses hauts talons, Annie ? Sans cela, elle se jettera infailliblement par terre. Clara, mettez votre papillon d'argent dans ses cheveux, et relevez cette longue boucle sur le haut de sa tête. Surtout que personne ne gâte mon ouvrage, dit Belle en s'en allant toute charmée de son oeuvre.

– J'ai peur de descendre l'escalier, je me sens gauche et raide ; il me semble que je ne suis qu'à moitié habillée, dit Meg à Sallie, quand M me Moffat fit dire aux jeunes filles de paraître toutes ensemble au salon.

– Vous ne vous ressemblez pas du tout, mais vous êtes encore plus jolie ; je ne suis rien du tout à côté de vous, dit Sallie. Belle a infiniment de goût, et, avec la jolie toilette qu'elle vous a improvisée, vous avez tout à fait l'air d'une Française. Laissez aller vos fleurs et n'y faites pas tant d'attention. Surtout tâchez de ne pas tomber. »

Sallie avait, certes, un effort à faire pour ne pas être fâchée de ce que Meg était plus jolie qu'elle.

Marguerite arriva sans encombre au pied de l'escalier et s'avança dans le salon, où la famille Moffat et quelques invités étaient déjà assemblés. Elle découvrit bientôt qu'il y a dans les beaux habits un charme qui attire l'attention et la considération d'une certaine classe de personnes : plusieurs jeunes filles, qui n'avaient pas fait attention à elle à la première soirée, devinrent tout à coup très affectueuses pour elle ; plusieurs jeunes gens qui l'avaient à peine regardée, non seulement la regardèrent, mais demandèrent à lui être présentés, et lui dirent toutes sortes de choses qui n'avaient pas le sens commun, mais qui lui parurent très agréables à entendre, et plusieurs vieilles dames, assises sur les canapés, demandèrent avec intérêt qui elle était. Elle entendit Mme Moffat répondre à l'une d'elles :

« Pâquerette Marsch. Son père est un savant médecin en ce moment à l'armée ; c'est une des meilleures familles des environs, mais des revers de fortune, vous savez... Ce sont des amis intimes des Laurentz... C'est une charmante jeune fille, et mon Ned en est tout à fait enthousiasmé.

– Ah ! » fit la vieille dame en mettant son lorgnon.

Et elle observa de nouveau Meg, qui tâchait de ne pas avoir l'air d'avoir entendu et était un peu choquée des réponses de Mme Moffat. Mais, comme elle s'imaginait devoir jouer le rôle d'une grande dame, elle se tira assez bien d'affaire. Cependant sa robe trop étroite lui fit mal au côté, sa traîne était toujours sous ses pieds, et elle avait une crainte perpétuelle de perdre ses boucles d'oreilles.

Elle s'éventait nonchalamment en riant des fades plaisanteries d'un jeune homme qui faisait tous ses efforts pour être spirituel, mais n'y réussissait pas, lorsqu'elle s'arrêta subitement de rire et parut confuse. Juste vis-à-vis d'elle, elle aperçut Laurie qui la regardait, sans déguiser sa surprise et aussi sa désapprobation.

Meg lut dans ses yeux sincères quelque chose qui la troubla. Elle eût donné bien des choses pour n'avoir que sa vieille robe. Sa confusion fut complète quand elle vit Belle donner un coup de coude à Annie et regarder attentivement elle et Laurie. Heureusement pour elle, Laurie avait ce soir-là l'air encore plus enfant et plus timide que d'habitude.

« Bêtes de gens de m'avoir mis de telles pensées dans la tête ! se dit Meg ; mais je ne veux pas y faire attention et je ne changerai pas de contenance pour cela. »

Elle traversa donc bravement la chambre pour aller donner une poignée de main à son ami.

« J'avais peur que vous ne vinssiez pas ; je suis très contente que vous vous soyez décidé, dit-elle.

– Jo m'a forcé d'accepter. Elle désirait savoir de moi quel air vous aviez, répondit Laurie, sans trop oser tourner les yeux vers elle.

– Qu'est-ce que vous lui direz ? demanda Meg, curieuse de savoir l'opinion qu'il avait d'elle, et cependant se sentant pour la première fois mal à son aise avec lui.

– Je lui dirai que je ne vous reconnaissais pas, tant vous avez l'air cérémonieux, et que vous vous ressemblez si peu que j'ai tout à fait peur de vous, répondit-il en faisant tourner entre ses doigts le bouton de son gant pour dissimuler son embarras.

– Que vous êtes donc absurde, Laurie ! Mes amies m'ont habillée pour faire une plaisanterie, et je me suis laissé faire. Jo ouvrirait de grands yeux si elle me voyait, n'est-ce pas ? »

Meg aurait voulu lui faire dire s'il la trouvait mieux ou plus mal que d'habitude.

« Jo ouvrirait de grands yeux, oui certainement, répondit gravement Laurie.

– Est-ce que je ne vous plais pas comme cela ?

– Eh bien, non !

– Pourquoi ? »

Il regarda sa tête frisée, ses épaules plus découvertes qu'à l'ordinaire et sa robe excentriquement garnie, d'un air qui la rendit encore plus honteuse que sa dure réponse qui détonait avec sa politesse habituelle.

« Jo n'aimerait pas les embarras et cette robe à queue », ajouta Laurie.

C'était trop fort de la part d'une personne plus jeune qu'elle, et Meg s'en alla en disant avec pétulance à Laurie :

« Vous êtes ce soir le petit garçon le plus impoli que j'aie jamais vu. »

Et, tout irritée, elle alla près d'une fenêtre rafraîchir un peu ses joues, auxquelles la robe trop étroite donnait une couleur brillante, mais peu avantageuse. Comme elle était là, elle vit passer le major Lincoln à côté d'elle, et elle l'entendit dire à sa mère :

« J'aurais voulu vous faire voir la jeune fille dont je vous ai parlé l'autre jour ; mais ses amies l'ont déjà gâtée, et aujourd'hui ce n'est plus qu'une vraie poupée.

– Oh ! mon Dieu, soupira Meg, si au moins j'avais eu plus de bons sens, si j'avais eu assez de raison pour me contenter de ma robe fanée, je n'aurais pas été si mal à mon aise ni si honteuse de moi-même. »

Elle appuya son front brûlant contre les vitres froides, et resta immobile, à moitié cachée par le rideau et sans faire attention qu'on commençait à jouer sa valse favorite. Elle demeura dans cette position jusqu'à ce que, quelqu'un lui ayant touché le bras, elle dut se retourner. Laurie repentant était devant elle. Il lui dit d'un air contrit en lui tendant la main et lui faisant un profond salut : « Pardonnez-moi mon impolitesse, je vous prie, et soyez assez bonne pour venir danser cette valse avec moi.

– Je craindrais que cela vous fût trop désagréable, répondit Meg, tâchant d'avoir l'air offensé, mais n'y arrivant pas.

– Vous savez bien le contraire, Meg. Je meurs d'envie de danser avec vous. Venez, je serai bien sage. Je n'aime pas votre robe, mais en somme vous êtes splendide. »

Et il agita les mains comme si les mots lui manquaient pour exprimer son admiration. Meg sourit et le suivit.

« Faites attention de ne pas vous embarrasser les pieds dans cette traîne, murmura Meg à son jeune cavalier pendant qu'ils attendaient le moment de partir en mesure. Cette robe fait le malheur de ma vie, et j'ai été bien sotte de la mettre.

– Je crois en effet, dit Laurie, qu'il eût mieux valu qu'elle fût plus montante par le haut et moins longue par en bas. C'est tout au plus si j'ai pu apercevoir jusqu'ici vos jolies bottines bleues. »

Ils partirent légèrement et gracieusement, car ils avaient souvent dansé ensemble et étaient habitués l'un à l'autre. L'heureux jeune couple était charmant à voir pendant qu'ils tournaient gaiement. Ils se sentaient meilleurs amis que jamais après leur petite querelle.

« Laurie, je voudrais vous prier de me faire un grand plaisir, murmura Meg lorsqu'elle perdit haleine, ce qui arriva bientôt sans qu'elle voulût avouer pourquoi.

– Je suis prêt, répondit vivement Laurie.

– Voudriez-vous ne pas parler à la maison de ma toilette de ce soir ? Mes soeurs ne comprendraient pas la plaisanterie, et cela chagrinerait mère.

– Alors pourquoi l'avez-vous mise ? »

Les yeux de Laurie le demandaient si clairement que Meg ajouta vivement :

« Je confesserai à maman combien j'ai été bête, mais je préfère le lui dire moi-même. Ainsi, vous n'en direz rien, n'est-ce pas ?

– Je vous le promets. Seulement, qu'est-ce que je leur répondrai quand elles me demanderont comment vous étiez ?

– Dites-leur que j'étais bien et que je paraissais m'amuser beaucoup.

– Je dirai la première chose de tout mon coeur, mais que dirai-je quant à la seconde ? Vous ne paraissez pas vous amuser autant que vous me priez de le dire. Est-ce vrai ?

– Vous avez raison, Laurie ; je désirais seulement connaître ce genre de plaisir, mais je vois qu'il ne me convient pas et je commence à en avoir assez.

– Voici Ned Moffat qui vient. Qu'est-ce qu'il veut ? demanda Laurie en fronçant ses sourcils noirs, comme s'il ne pensait pas que la compagnie de son jeune hôte dût être agréable pour eux.

– Il m'a engagée pour trois danses, et je suppose qu'il vient les réclamer. Quel ennui ! » dit Meg en prenant un air dolent, qui amusa immensément Laurie.

Il ne parla plus à Meg jusqu'au souper ; mais, l'ayant vue alors accepter du vin de Champagne que lui offraient Ned et son ami Hoffmann, lesquels se comportaient comme deux fous, et se trouvant une sorte de droit fraternel de veiller sur Mme Marsch et de combattre pour elles quand elles avaient besoin d'un défenseur, il alla vers Meg, se pencha sur le dos de sa chaise, et lui dit à voix basse, pendant que Ned se tournait pour remplir encore son verre et que Fischer se baissait pour ramasser son éventail :

« Vous aurez demain un mal de tête fou si vous continuez, Meg. À votre place je ne voudrais pas boire de ce vin dont vous n'avez pas l'habitude ; votre mère ne serait pas contente si elle vous voyait, Meg.

– Je ne suis pas Meg ce soir, je suis une folle comme toutes les miss qui sont là. Demain vous me retrouverez désespérément sage, répondit-elle avec un petit rire affecté.

– Pourquoi pas ce soir même ? » reprit Laurie.

Et comme Meg ne répondait pas, son jeune mentor la quitta tout chagrin. Après une heure d'attente, voyant que le moment n'était pas encore venu de lui parler raison, il se décida à partir et vint lui dire adieu.

« Souvenez-vous, lui dit-elle en essayant de sourire, car le mal de tête que lui avait prédit Laurie avait déjà commencé, souvenez-vous que je vous ai prié de ne donner aucun détail à maman.

– Je me tairai », répondit tristement Laurie.

Ce petit aparté avait excité la curiosité d'Annie ; mais Meg était trop fatiguée pour bavarder, et elle remonta à sa chambre. Elle éprouvait le même sentiment de fatigue que si elle avait assisté à une mascarade, qui ne l'aurait pas autant amusée qu'elle l'avait espéré. Elle fut malade toute la journée du vendredi, et, le samedi, elle revint chez elle extrêmement lasse de ses quinze jours de plaisir. Meg rapportait à la maison le sentiment intime qu'elle était restée assez longtemps au milieu du luxe des Moffat.

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