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TEDx Talks, Rien ne nous arrive par hasard | Nadalette La Fonta Six | TEDxChampsElyseesWomen (1)

Rien ne nous arrive par hasard | Nadalette La Fonta Six | TEDxChampsElyseesWomen (1)

Traducteur: Elise LECAMP Relecteur: eric vautier

Comme beaucoup, beaucoup d'entre vous,

je suis Superwoman, Madame Parfaite.

Oui, c'est moi là.

(Rires)

Madame Parfaite, en fait, vous savez, c'est la déesse Shiva :

celle qui a un biberon dans une main, un pack de lait dans l'autre,

un ordinateur, un téléphone portable, le discours de son boss,

les places pour le spectacle, - n'oublie pas, chéri -,

et puis elle a également des biscuits un peu mouillés

que ses enfants lui ont laissés aimablement dans la poche de sa parka.

Madame Parfaite, bien entendu, elle a un pied dans un avion,

et puis l'autre sur ses Louboutin.

Elle vit à 500 à l'heure et elle réussit tout,

et puis elle n'a pas de collant filé !

(Rires)

Oui !

En 2010 -

j'avais envie de vous raconter cette histoire -

je travaillais pour une entreprise internationale,

j'avais un patron à Madrid qui piquait des colères homériques.

Quand je vous dis homérique,

il y avait du sang sur les murs !

On avait tous notre point mensuel avec lui.

Moi comme les autres, j'y allais et je lui disais :

« Bonjour » d'abord,

et puis ensuite : « J'ai à te dire ça. »

Il disait : « Non. »

« Je voudrais insister,

je voudrais quand même te faire comprendre ça. »

Il me disait : « Non. »

Je lui disais enfin : « Quand même je vais te dire ça. »

Il me disait oui ou non, mais de toutes façons,

il n'y avait pas de drame, on était tranquille.

Puis, cet homme est reparti dans son pays,

il me dit au revoir et : « Il faut que je te pose une question.

Pourquoi tu n'as pas peur ? »

Ça m'a interpellée parce qu'honnêtement, je n'avais pas la réponse

et j'ai dû répondre par une bêtise du genre :

« On n'est pas dans Narcos,

tu ne vas pas me dézinguer tout de suite. »

(Rires)

Bon. Et puis, quand même ça a fait son chemin,

et là, l'autre jour, en pensant à vous, justement,

à Wonderwoman,

je me suis demandé pourquoi Wonderwoman est Wonderwoman ?

C'est parce qu'elle n'écoute pas sa peur.

Très bien !

Vous savez quoi ? Elle ne s'écoute pas non plus !

Et vous, vous écoutez là ?

Enfin, bon...

On commence tous un jour la vie, c'est comme ça.

Moi, je suis née dans les sixties,

s'il vous plaît, on ne fait pas de calcul.

Je suis une femme, jusqu'à preuve du contraire,

et je suis née à Paris, dans une famille pas idéale.

Si vous connaissez la famille idéale, il faut me prévenir.

De toutes façons, c'était dans une famille.

La famille était si peu idéale que j'ai tiré une carte de plus à la naissance :

la carte 50% de chance de finir à la poubelle.

C'est ce qui s'est passé pour mon frère jumeau.

Je vais vous dire, quand on tire ce genre de carte au début de sa vie,

ça donne une certaine optique et un sens aigu de la survie.

Les croyances sur lesquelles, moi, je me suis structurée,

je me suis construite, ce sont :

« Je n'ai pas mal, rien ne peut m'atteindre, je suis toute puissante. »

Les croyances, vous voyez, c'est un peu comme des béquilles.

Au début de sa vie, ça permet de trouver son équilibre,

puis un jour on n'a plus besoin de béquilles.

Moi je n'ai plus de béquilles.

Enfin un peu celle-là, enfin, on en reparlera de toutes façons.

Avec ces croyances, j'ai structuré mon rôle de Wonderwoman

et vous savez, j'étais raccord !

Parce que ma vie professionnelle a commencé dans les années 80,

les années star, les années fric,

et alors là, Wonderwoman, c'était totalement la mode.

Du coup, j'ai démarré tout de suite dans la vie professionnelle

à fond les manettes.

En démarrant dans la vie professionnelle,

j'ai enquillé les jobs les plus prestigieux,

les patrons les plus charismatiques, les budgets les plus faramineux,

les produits ou les marques les plus chouettes, etc.

Ouais tout ça, tout ça, tout ça.

Bien entendu, j'avais quand même compris un peu le film,

je savais qu'il y avait deux clefs au bonheur,

à ce que j'appelais le bonheur.

Il y avait l'indépendance financière, et ça, croyez-moi, ça a marché.

Et puis cela m'a permis de quitter ma famille.

Il y avait la conformité au modèle social, au modèle professionnel,

parce que pour réussir, il faut plaire,

et pour plaire, qu'est ce qu'il faut ?

Eh bien, il faut abandonner ses rêves !

Parce que les rêves d'adolescence, les rêves les plus audacieux,

les rêves les plus aventureux : par exemple, entre autres,

j'avais le rêve de devenir écrivain.

Franchement ça ne va pas faire bouffer sa femme !

Donc au placard, au placard.

Et puis il y a l'autre chose qu'on a tous, vous la connaissez, vous,

votre petite voix intérieure,

celle-là, qu'on a là et qui te dit :

« Tu es contente de ce que tu fais ? Tu t'aimes vraiment ?

Tu es vraiment satisfaite ?

A propos, ton rêve de devenir écrivain, tu en as fait quoi ? »

Celle-là, franchement, je me suis énervée,

je lui ai dit : « Tu te tais, tu te tais, je ne veux pas t'entendre, je te musèle. »

D'ailleurs, je ne l'ai plus entendue pendant un certain nombre d'années.

Me voilà donc dans les années 80 et puis dans les années 80...

Ah mais j'avais oublié,

j'avais oublié juste un petit détail : vous savez dans mon adolescence,

dans cette famille qui, que, quoi, dont, où, on ne va pas s'éterniser.

J'avais une scoliose qui n'avait pas été traitée,

et franchement, entre vous et moi, une scoliose, ce n'est rien du tout.

Si je vous faisais lever le doigt,

il ya 25% de la salle qui a une petite scoliose de rien du tout,

c'est une déformation de la colonne vertébrale.

Les autres 25%, ils ont un rhume !

La scoliose est à la vertèbre, ce que le rhume est au nez,

c'est-à-dire rien du tout.

Pas de temps pour ça, donc pas de temps pour moi,

pas de temps pour m'écouter,

pas de temps pour Madame Parfaite, Madame Exigeante,

avec elle-même et avec les autres, mais quand même marrante :

j'ai fait la fête à toute berzingue, je vous le dis.

Bon, mais le corps ? Le corps, il n'avait qu'à suivre, hein !

Et puis la quarantaine est venue, le grand amour, la maternité,

trois filles sublimes, et puis j'ai continué le boulot.

Oui, elles sont sublimes, merci !

Franchement, c'est ce qu'il y a de plus réussi !

Et puis, j'ai continué le boulot, les voyages, les copains, les amis,

tout, tout, tout comme ça.

Éternellement.

D'ailleurs c'était parfait, j'étais dans ma bulle de confort,

dans ma zone, dans mon cocon.

Rien ne pouvait m'arriver. Tout était acquis.

Rien ne pouvait m'atteindre.

Sauf que le destin, vous savez le « fatum » en latin,

il se dit dans un coin :

« Il est temps que cette fille comprenne

qu'il va falloir faire quelque chose de sa vie. »

Alors il frappe une première fois, je n'entends rien.

Il frappe une deuxième fois, je n'entends rien,

et là, il s'énerve.

Il s'énerve parce que ce à quoi on résiste persiste.

Donc il cogne, il cogne et il cogne jusqu'à me mettre KO.

Il m'a mise KO.

Mon corps s'est rappelé à moi en 2013.

Mon corps, je l'avais nié, dénié et renié.

Là, il s'est rappelé à moi, et pas dans la douceur.

Ma scoliose d'adolescente était passée à une double courbure de 73 degrés.

C'est énorme !

Ce sont les vieilles que vous voyez passer à l'horizontale,

le nez sur leur trottoir, éternellement.

J'étais si bonne en déni, que tous mes proches, toutes mes amies,

personne ne se rendait compte de mon état.

En fait, je me suis écroulée physiquement.

Franchement, c'était ma seule responsabilité.

Là, je me suis dit : « Il va falloir faire quelque chose. »

Je n'avais pas le choix.

J'ai essayé, très créative, toutes les mauvaises solutions,

il n'en restait plus qu'une !

La solution que j'ai dû accepter,

elle ne va pas vous faire rêver, je vous préviens.

Ça s'appelle une arthrodèse.

Là, voilà, c'est joli, c'est mon dos.

c'est une arthrodèse de la colonne vertébrale.

C'est une opération de dix heures, où l'on ouvre votre colonne,

des cervicales aux lombaires.

On introduit deux tiges de titane.

On rassemble ce qui peut être rassemblé.

Ne me demandez pas comment ! Je ne sais pas et ne veux pas savoir.

Ensuite ils revissent.

Et hop, me voilà droite comme un I.

(Applaudissements)

Mais...

Mauvaise pioche les copains...

Mes copines disaient : « Tu vas être Madonna. »

Moi je disais Frida Kahlo,

mais le chirurgien disait :

« Vous serez un peu raide du torse.

Vous ne danserez pas la zumba mais vous aurez de bonnes jambes.

Ne vous inquiétez pas j'en fais toutes les semaines.

Dans deux mois, vous reprendrez votre vie normale. »

Ma vie normale, j'avais déjà un doute,

Je n'avais pas le choix.

Donc le 14 octobre 2014,

je suis rentrée à l'hôpital sur mes deux jambes.

Ils m'ont réveillée en réanimation le 15 octobre 2014.

Il y a des dates qui marquent !

Au pied de mon lit, ils étaient tous là,

en blanc et en bleu, la mine grave,

un jury ou un verdict, je ne sais pas.

Le corps médical tout entier !

Ils m'ont dit : « Voilà Madame,

votre moelle épinière est lésée.

Vous ne remarcherez jamais plus.

Vous êtes paraplégique. »

J'ai été sidérée.

Sidérée, ça ne veut pas dire surprise,

ça veut dire abasourdie !

Parce que ma vie, elle a été broyée.

D'actrice de ma vie, j'étais devenue spectatrice ;

d'indépendante, dépendante,

d'hyperactive, Wonderwoman,

même pas capable de lire ou d'écrire.

Mon corps et moi-même étions traités comme des objets,

qu'on piquait, qu'on lavait,

qu'on sondait,

qu'on auscultait, qu'on pinçait.

Je n'avais accès, de mon lit d'hôpital,

qu'à ce que mes mains pouvaient atteindre.

Ce n'est pas énorme.

Et puis pendant neuf mois, je n'ai été plus personne, plus rien :

plus mère, plus femme, plus amante, plus manager, plus rien.

Un jour, mon corps est devenu mon maître.

C'est lui qui a décidé de ce que je pourrais faire,

et quand je pourrais le faire.

Un jour, je suis rentrée dans ma famille, j'ai découvert,

enfin plutôt ils ont découvert d'ailleurs,

que Wonderwoman était devenue une charge.

Et moi, j'ai découvert que mes aimants, mes aimés étaient devenus mes aidants.

Ce n'était pas terrible comme découverte.

Et puis il y avait la vie, la vie pour moi.

J'ai découvert tout ce qui m'était devenu impossible :

sortir seule dans la rue, sortir à l'improviste,

aller faire une course, vivre comme eux,

vivre comme vous.

Ma famille était explosée.

Je vous en parle parce que la famille, c'est un système,

et nous avons dû tous faire le deuil,

eux et moi,

moi de moi-même, mais eux de la mère,

de la femme qu'ils avaient connue.

Le deuil est quelque chose de très important dans l'épreuve.

Le deuil, c'est de la colère,

c'est de la tristesse,

c'est du déni,

c'est de la négociation.

Ce sont des étapes qu'on passe et qu'on repasse plusieurs fois

jusqu'à l'acceptation.

L'acceptation, ce n'est ni de l'abandon, ni de la fuite,

c'est de l'acceptation, de l'acceptation,

de l'acceptation pour la transformation.

La transformation, vous n'avez pas besoin d'une paraplégie pour vous transformer !

Allez, respirez un peu !

Mais quelle que soit l'épreuve à laquelle vous pourriez être confronté,

que ce soit un divorce,

un chômage, une frustration, un deuil, une maladie,

en fait, il s'agit de la respecter.

C'est important de vous respecter et de la respecter,

Ce qui est essentiel dans l'épreuve, c'est que le seul mètre étalon,

c'est l'individu,

ce qu'il en fait et ce qu'il ressent.

Et surtout ce qu'il en fait !

Vous comme moi.

Je vais quand même vous parler de l'épreuve avec tendresse.

Cette épreuve a été initiatique.

Ça a été ma troisième naissance,

ma renaissance.

Pour d'abord, deux raisons.

La première, c'est mon foutu caractère.

C'est que « ne plus jamais marcher », je n'y ai jamais cru, jamais cru.

Du coup, dès le lendemain ou le surlendemain de l'opération,

j'ai fait alliance avec mon corps et on a mis en place, à son rythme,

cette verticalisation.

A un moment où j'ai été verticalisée,

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