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TEDx Talks, Mais comment font-ils pour apprendre une langue… – Text to read

TEDx Talks, Mais comment font-ils pour apprendre une langue? Sharon Peperkamp at TEDxVaugirardRoad 2013

Avanzato 1 di francese lesson to practice reading

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Mais comment font-ils pour apprendre une langue? Sharon Peperkamp at TEDxVaugirardRoad 2013

Transcription: Catherine Riedo Relecteur: Bea N

L'autre jour, j'ai appris un nouveau mot français.

Avec mon ami, on venait d'emménager dans un nouvel appartement

et alors les voisins nous racontaient qu'on était dans une ancienne

usine de passementerie. Alors là, je n'avais aucune idée

de quoi ils parlaient. Et je leur ai donc demandé ce que « passementerie »

voulait dire.

En réalité, je n'ai pas demandé exactement cela.

C'était plutôt quelque chose comme : une ancienne usine de quoi ?

Je ne connais pas ce mot, ça veut dire quoi ?

Et alors, ils m'ont expliqué. Tu sais, c'était une usine où

on fabriquait des pompons, des rubans, des cordons. Enfin, tout ce qu'on appelle

la passementerie.

Je leur ai demandé de répéter ce mot

encore au moins deux ou trois fois tant j'avais du mal à le retenir.

Et dans les semaines qui ont suivi, il est revenu à plusieurs reprises

dans les conversations avec mon ami et à chaque fois, j'étais incapable

de le dire moi-même, bien que désormais je le reconnaissais parfaitement bien

et savais de quoi il s'agissait.

En fait, ce n'est qu'en préparant le récit

que vous êtes en train d'écouter que je l'ai appris pour de bon,

grâce au fait que je l'ai écrit.

Mon apprentissage des mots français

passe par l'écriture. C'est assez frustrant, mais en absence de les voir noir sur blanc,

je suis incapable de les retenir.

Je suis frappée par mes propres difficultés d'apprendre des mots

dans ma langue d'adoption et ce d'autant que j'ai l'habitude de voir des êtres

humains qui n'ont pas du tout les mêmes problèmes.

Ils sont tout petits, ils ont du mal à manger avec une fourchette,

ils ne savent pas s'habiller eux-mêmes, bref tout porte à croire

qu'ils ne sont pas très malins. Et pourtant, ce sont des génies

pour tout ce qui concerne l'apprentissage des langues.

Évidemment, c'est des bébés dont je vous parle.

Dans mon travail de chercheur, j'étudie comment les bébés apprennent

leur langue maternelle. Et tout comme mes collègues, je suis fascinée par

la rapidité avec laquelle ils y arrivent.

À propos des mots, saviez-vous que les bébés commencent à reconnaître

leur propre prénom dès l'âge de quatre ou cinq mois ? Et que peu de temps

après, ils comprennent déjà quelques autres mots comme « biberon » ou « banane » ?

Pour se rendre compte à quel point c'est miraculeux, il suffit de penser

aux obstacles qu'ils doivent surmonter. Alors, mettons-nous

quelques instants à la place des bébés.

Il n'y a rien de mieux pour faire cela que d'écouter une mère parler

à son bébé dans une langue inconnue. Allons-y. Imaginez-vous d'être

le bébé de cette mère chinoise.

(langue chinoise)

Une réaction naturelle serait, oups, je ne comprends rien du tout !

J'entends que maman me parle et je sais par le ton de sa voix qu'elle m'aime bien.

Mais par quel bout commencer pour apprendre ma langue et savoir ce

qu'elle me dit ? Voilà tout le problème. La tâche du bébé relève de l'exploit,

puisqu'il n'entend que des sons dépourvus de sens.

Vous souvenez-vous comment moi j'ai fait pour apprendre le mot passementerie ?

D'abord, je l'ai identifié dans une phrase où je connaissais

tous les autres mots. En quelque sorte, il m'a sauté aux oreilles.

Ensuite, j'ai demandé des explications à d'autres personnes

et enfin je l'ai écrit pour m'aider à le retenir.

Pour les bébés, les choses ne peuvent pas se passer comme ça.

D'abord parce qu'au départ, ils ne connaissent strictement aucun mot.

Du coup, leur premier défi c'est de découvrir où commencent et se terminent les mots

dans les phrases.

Avant de venir ici, vous pensiez peut-être que les mots

sont séparés par des petits bouts de silence, de la même façon

que dans les phrases écrites les mots sont séparés par des petits espaces.

Or, il n'en est rien. Et j'espère qu'en écoutant cette mère chinoise

vous vous êtes rendu compte que les mots sont pour la plupart collés

les uns aux autres. Je vous assure que sur ce point, le français

est comme le chinois. Notre impression, quand on entend une phrase en français,

que c'est tout à fait banal de la couper en mots, est due au fait

qu'on reconnaît ces mots les uns après les autres.

Par exemple, quand je vous dis : aujourd'hui plusieurs personnes m'ont parlé

dans la rue, vous reconnaissez les mots « aujourd'hui », « plusieurs », etc.

Ce qui crée l'illusion que les mots sont des unités détachées.

Mais même si les bébés trouvent une solution et finissent par savoir

où commencent et se terminent les mots, comment peuvent-ils faire pour

apprendre leur sens ? Pour moi, c'était facile. J'ai simplement demandé à ce

qu'on m'explique. Et puisque je sais ce que sont les cordons, les rubans et

les pompons, j'ai pu deviner le sens du mot mystère : passementerie.

Hélas, les bébés ne peuvent pas demander des explications

puisqu'ils n'ont pas de langue pour le faire.

Et encore, si les parents paraphrasaient les mots, ça ne leur servirait à rien

car ils ne comprendraient pas ces autres mots non plus.

Enfin, je vous rappelle que moi j'ai eu du mal à retenir le mot « passementerie »

et que je n'y suis arrivée que le jour où je l'ai écrit.

Comment font les bébés pour mémoriser de nouveaux mots tout le temps ?

Une fois qu'ils sont bien lancés, ils peuvent en apprendre entre

cinq et dix par jour. Et souvent, il leur suffit de les entendre

une seule fois pour ne plus les oublier.

Évidemment, ce n'est pas la peine de vous signaler qu'ils font ça

sans pouvoir les écrire.

Voilà, ça suffit ! Je pense que maintenant nous sommes d'accord qu'apprendre

sa langue maternelle n'a rien d'évident. Et à ce point, vous avez sans doute

envie de me demander : mais alors, les bébés, comment font-ils pour

apprendre les mots ?

Ou mieux, peut-être vous avez quelques idées là-dessus.

Par exemple, vous pourriez me dire

que les parents, en quelque sorte, enseignent les mots à leurs bébés.

Ils pointent vers un objet, disons, un chaton, et ils disent :

« oh regarde, c'est un chaton ! »

Il se trouve que vous avez raison, enfin, en partie.

Des recherches ont montré que les bébés sont en effet aidés par le pointage.

Et aussi par le regard de leurs parents vers les objets dont ils parlent.

Mais ça ne peut pas tout expliquer pour plusieurs raisons.

Par exemple, comment savoir à quel bout de la phrase il faut faire attention

quand les parents pointent vers le petit chat.

Et une fois le mot « chaton » correctement trouvé,

comment savoir qu'il désigne le petit chat tout entier

et non pas ses oreilles, la couleur de son pelage, la façon dont il essaye

d'attraper sa queue ou ses ronronnements ?

D'ailleurs, les bébés commencent à apprendre les mots bien avant de

comprendre le pointage.

Ils doivent donc forcément avoir d'autres mécanismes d'apprentissage.

Depuis quelques temps, des recherches ont permis de mieux cerner ces mécanismes.

On a notamment découvert que les bébés sont d'excellents statisticiens.

Ils recueillent toutes sortes d'informations de la parole qui les entoure

et implicitement ils font des calculs là-dessus. Par exemple pour trouver

où commencent et se terminent les mots.

Prenons un exemple. Quand ils entendent la syllabe « bi », les chances sont bonnes

que la suite soit « beron », simplement parce que « biberon » est un mot

très fréquent dans leur vie.

En revanche, il est plus difficile de prédire quelle syllabe suivra

« beron. » Ça peut être « vide », comme dans : où est le biberon vide ?

ou « sur », comme dans : j'ai mis le biberon sur la table.

Et ainsi de suite.

Alors, les bébés retiennent tous ces schémas d'occurrence entre les syllabes et ça

leur permet de conclure que « biberon » est un mot, mais que « beronvide » et

« beronsur » n'en sont pas.

Un peu de la même façon, ils retiennent dans quelles situations ils entendent

quels mots. Et ça les aide à deviner leur sens.

Ils peuvent entendre le mot « biberon » dans plein de situations différentes,

mais la plupart de ces situations auront en commun qu'il y a un biberon pas loin.

Quand j'étais petite, avec mes parents, on passait tous les étés deux ou trois

semaines de vacances dans un pays étranger.

Très tôt, j'ai donc entendu d'autres langues que la mienne

et j'ai toujours adoré apprendre quelques mots

ou quelques phrases dans une langue étrangère.

Ma passion pour les langues s'était déjà révélée.

Et je dirais même que ces vacances estivales

m'ont mise sur le chemin de mon métier actuel.

Entendre des enfants de trois ans parler, par exemple, en français,

mieux que mes parents, me laissait toujours un peu interloquée.

Bien sûr, je savais que c'était normal puisque ces enfants-là

étaient français, mais je sentais aussi

qu'il y avait quelque chose d'énigmatique.

Aujourd'hui, cette énigme est le sujet de mes recherches.

Passé un certain âge, nous nous donnons beaucoup de mal

pour apprendre une langue étrangère. Mais les bébés, si petits

et si vulnérables qu'ils soient, apprennent leur langue maternelle

sans effort apparent.

Depuis une trentaine d'années, on commence à comprendre

comment ils y arrivent. Mais la question nous occupera encore pendant

un long moment.

Quoiqu'il en soit, toutes ces recherches

et toutes ces découvertes n'enlèveront rien à l'émerveillement

des parents quand leur bébé dit son premier mot.

Merci

(Applaudissements)

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