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Le Ciné-Club de M.Bobine, Aliens de James Cameron, l'analyse de M. Bobine (3)

Aliens de James Cameron, l'analyse de M. Bobine (3)

pour l'imagerie associée à l'armée américaine.

D'ailleurs, le tournage d'Aliens s'apparentait plus à un champs de bataille

qu'à un plateau de cinéma,

au grand dam de l'équipe technique anglaise…

Mais ce serait aller un peu vite en besogne que de dire que Cameron nous montre

une vision exaltée de la guerre et des Marines dans son Aliens.

On est même très loin de l'Amérique reaganienne de Rambo 2

puisqu'en transposant les codes du western d'après-guerre

et du fil de commando désabusé des sixties dans un film de SF,

Cameron lorgne plutôt du côté du cinéma des sixties et des seventies

dont se revendique également Ridley Scott avec Alien.

Le film de Cameron s'inscrit ainsi dans la droite lignée d'une oeuvre méconnue

comme Zoulou de Cy Endfield.

Comme l'armée britannique du film,

les marines d'Aliens ne sont rien d'autre que des envahisseurs sur une planète colonisée,

incapables de survivre sans leurs atouts technologiques,

au contraire de leurs adversaires

en parfaite osmose avec l'environnement qui les entoure.

On peut également y voir une allégorie de la guerre du Vietnam,

mais ce qui intéresse surtout Cameron,

c'est de montrer des représentants de superpuissances économiques et technologiques

qui se heurtent à une nature primitive et indomptable

au point de payer le prix de leur arrogance.

Le premier volet de la saga Alien développait déjà cette idée d'un monde

gouverné par des compagnies privées privilégiant les profits plutôt que la vie de leurs employés…

Mais si la Compagnie restait relativement au second plan dans le film de Ridley Scott,

chez Cameron, elle a désormais un nom : Weyland-Yutani,

mais aussi un visage, celui de Carter J. Burke.

Lâche, opportuniste,

dépourvu du charisme qu'on attend habituellement d'un bad guy,

Burke n'est à priori pas une menace capable de rivaliser avec les xénomorphes.

Il est même plutôt bienveillant avec Ripley et soutient toutes ses décisions

jusqu'au moment ou les actions de Ripley ne cadrent plus avec ses intérêts

En effet, Cameron souligne à plusieurs reprise que c'est sa soif de profits

qui le rend presque plus dangereux que les xénomorphes.

Car sous la caméra de Cameron,

le gigantesque conglomérat Weyland-Yutani est la représentation

la plus radicale et déshumanisée de l'idéologie ultra libérale des années 80.

Dès lors, si le ton guerrier de ce second volet tranche

avec l'horreur psychologique du film de Ridley Scott,

il ne s'agit pas d'une trahison pour autant.

Au contraire, il permet à Cameron d'approfondir à sa manière

les thématiques à l'oeuvre dans le premier volet.

Ainsi, le commando de marines au coeur du récit partage pas mal de points communs

avec l'équipe d'ouvriers d'Alien premier du nom.

Dans les deux cas, les deux équipages ne sont que des exécutants

et servent de chair à canon pour que leurs employeurs puissent enfin

mettre la main sur un spécimen de xénomorphe.

Alors Cameron est-il un cinéaste contestataire à la manière des groupes Medvedkine ?

Peut-être pas...

mais comme certains de ses confrères il n'a jamais oublié d'où il venait,

et son oeuvre est peuplée de gens de conditions modestes

luttant face aux dérives d'un système omnipotent et dangereux,

que ce soit Cyberdyne dans les Terminator,

la RDA dans Avatar,

ou la White Star Line dans Titanic

dont le naufrage est propice à une véritable lutte des classes.

Rien d'étonnant à ce que Cameron considère Norma Rae,

portrait d'une syndicaliste campée par Sally Field,

comme l'un de ses films de chevet.

Il est plus que probable que ce soit cette vision prolétaire du personnage de Ripley

dans le premier film

qui ait marqué Cameron au point d'en faire une réflexion plus globale sur la féminité.

On en arrive maintenant au second gros reproche fait à Cameron :

celui d'avoir dénaturé et désexualisé le xénomorphe.

Selon moi, la dimension sexuelle du monstre est à l'origine d'un petit malentendu.

Si la créature est issue de l'imaginaire biomécanique, sexuel et torturé de Giger,

e film de Ridley Scott n'est pas pour autant

une exploration des zones les plus sombres de la psyché humaine.

Si certains critiques ont tôt fait d'intellectualiser l'aspect sexuel du monstre,

cette caractéristique n'est mise en avant qu'à de rares occasion dans le film,

et pas toujours de la plus fine des manières…

Ridley Scott a bien conscience de la dimension psychanalytique du monstre

puisqu'il utilisera des extrait de la bande originale

de Freud passion secrète de Jerry Goldsmith.

Néanmoins, Alien reste un scénario de série B

qui a été transcendé par une direction artistique incroyable

et une mise en scène élégante,

mais qui n'évite pas certains écueils grossiers du genre,

notamment avec ce con de chat

qui est responsable à lui seul de la moitié des morts du Nostromo...

Zut ! L'aspirateur ! J'ai oublié de l'éteindre !

En revanche, l'imagerie sexuelle accolée au monstre sert avant tout

à illustrer la véritable nature de la créature,

car ce qui rend le xénomorphe particulièrement terrifiant,

c'est sa capacité à pénétrer et coloniser n'importe quel organisme,

qu'il soit mécanique comme le vaisseau,

ou organique comme le corps humain.

Ainsi, non seulement l'alien transforme le vaisseau

en un environnement hostile à la vie humaine,

mais il dépossède également les personnages de leur corps et de leur fonctions de procréation

et ça, James Cameron l'a parfaitement compris.

Dans une de ses analyses,

le vidéaste américain Rob Ager disait d'ailleurs

que le second volet de la saga Alien était l'antidote au premier film.

En effet, si dans Alien les personnages perdaient peu à peu

le contrôle de leur environnement mais aussi de leur propre corps,

dans Aliens, ils vont au contraire tenter de le reprendre.

À ce titre la manière dont Cameron joue sur l'imagerie sexuelle

est dans la lignée de deux autres cinéastes ayant comme lui oeuvré dans le cinéma d'exploitation :

George Miller sur la saga Mad Max

et Shun'ya Itô sur les trois premiers volets de La femme Scorpion.

Comme ses homologues australien et japonais

Cameron va contourner l'aspect rudimentaire de la direction artistique,

fait de brics et de brocs,

pour y injecter des éléments visuels évocateurs prenant place dans une esthétique cradingue

à contrario du visuel élégant de son prédécesseur.

En effet, dans Aliens, les Marines aussi sont une force coloniale,

et comme Giger avec le xénomorphe,

Cameron n'hésite pas à leur associer une imagerie très masculine,

que ce soit avec leurs armes ou leurs véhicules,

comme le Sulaco qui évoque autant un gigantesque fusil

qu'un phallus géant.

Le premier croquis du vaisseau que Cameron avait envoyé à Ron Cobb

était d'ailleurs assez explicite sur ce point.

Et si cette grille de lecture peut faire sourire,

sachez que le réalisateur la réutilisera explicitement bien des années plus tard.

Quant à Ripley, son parcours est guidé par cette volonté d'affronter son deuil

pour redevenir une figure exaltant la vie.

Sigourney Weaver a d'ailleurs basé toute son interprétation du personnage

sur la scène absente de la version cinéma

dans laquelle on apprend que sa fille est morte de vieillesse

pendant qu'elle dérivait dans l'espace.

Ainsi chez Cameron, son parcours passe justement par une reconstruction,

pour ne pas dire une reconquête progressive de sa féminité,

en s'appropriant tout l'attirail technologique réservé à l'autoritarisme masculin

et en devenant un leader pour les survivants.

Par ailleurs sa reconstruction passe également par sa relation avec Newt.

Conçue à l'origine comme un hommage à la petite fille présente

dans le film Des Monstres attaquent la ville,

ce personnage est l'occasion pour le cinéaste de montrer sa faculté

à tirer le meilleur de jeunes interprètes

toute en faisant preuve d'un réalisme psychologique palpable

quand il s'agit de montrer un stress post traumatique.

Ce qui unit la jeune fille à Ripley

c'est justement ce traumatisme d'avoir perdu des proches.

Et c'est également par ce prisme que le cinéaste introduit les peurs enfantines

liées aux contes de fées

qui va lui permettre d'approfondir la dimension mythologique de la créature.

Mais avant de s'intéresser aux mythes qui ont inspirés Cameron,

ce tour d'horizon ne serait pas complet

sans évoquer un autre personnage ayant marqué les spectateurs.

Et à ce titre je crois que c'est notre confrère François Theurel

aka le Fossoyeur de film qui en parle le mieux.

Le réalisateur a toujours aimé les figures de femmes fortes.

Ce qui pourrait donner des personnages systématiquement masculinisés

étant obligés de devenir « plus mecs que les mecs »

en réprimant une part de féminité plus stéréotypée…

sauf que pas du tout.

Même Vasquez, à priori la plus masculinisée d'entre elles,

n'est pas une femme qui essaie de s'adapter à un environnement machiste

au détriment d'elle-même :

c'est un personnage capable de défoncer un xénomorphe à bout portant

en lui plaquant la tête contre le mur, et c'est ainsi qu'elle est épanouie.

Leur genre fait partie du tableau, mais ne les enferme pas.

Et c'est justement ces diverses représentations féminines

qui nous amène à la scène clé du long métrage.

La confrontation entre la reine des aliens et Ripley fonctionne sur différents niveaux.

Dans un premier temps elle apporte une réponse au cycle biologique de la créature

sans pour autant dénaturer l'aura des xénomorphes.

Pourtant ce cycle était à l'origine totalement différent.

Dans une scène coupée du premier long métrage

on peut voir Ripley découvrir un nid à l'intérieur du Nostromo

dans lequel Dallas devenait progressivement un oeuf de facehugger.

Si l'idée d'humains ramené à l'état de créatures était plutôt intéressante

le concept n'en demeurait pas moins très bancal.

En imaginant une reine,

Cameron propose une solution aussi simple qu'évocatrice,

puisque nous assistons à un affrontement aux consonances mythologiques

entre deux mères.

Par exemple, la reine Alien est un avatar si j'ose dire de divinités castratrices

issu de diverses traditions polythéistes.

La séquence ou Ripley s'enfonce dans les profondeurs de la colonie

pour retrouver Newt enlevée par les aliens

renvoie au mythe de Déméter,

la déesse de l'agriculture et des moissons du panthéon Grec.

En effet, comme Ripley, Déméter part dans le monde souterrain

à la recherche de sa fille Perséphone qui a été enlevée par Hadès, le dieu des enfers.

Cet affrontement renvoie également au mythe d'Orphée

traversant l'enfer pour délivrer Eurydice.

Tout comme Orphée avec sa lyre,

c'est l'émotion et l'empathie dont fait preuve Ripley à l'égard de Newt

qui représente la fameuse corde sensible capable de faire face à une créature qui en est dépourvu

de la même manière qu'Orphée parvient à amadouer Hadès avec son instrument de musique.

À ce titre le 3ème volet signé David Fincher continuera d'explorer ce mythe

puisque Ripley à l'instar d'Orphée,

se retrouve à vivre en ermite rongée par la douleur,

jusqu'à ce qu'un xénomorphe ne la tue de l'intérieur,

de la même manière que les Ménades déchiquètent Orphée.

Et c'est bien ce mythe qui constitue l'une des clés de voûte de toute l'oeuvre de Cameron.

Dans Abyss Bud Brigman doit descendre au plus profond de la fosse

pour empêcher la bombe d'anéantir les créatures.

Après avoir tué le T 1000 dans une aciérie assimilée à l'enfer,

Schwarzy se donne la mort dans le métal en fusion

afin de que son organisme ne soit pas utilisé à mauvais escient,

sauvant ainsi l'humanité.

Et enfin dans Titanic,

Rose descend au fond du paquebot pour sauver Jack Dawson

tandis que ce dernier finira par rejoindre le fond de l'océan pour laisser Rose survivre.

Pour en revenir à Aliens,

la catharsis fonctionne à plein régime puisqu'en exterminant un nid de xenomorphes,

Ripley met un terme à sa souffrance et reprend possession de toute sa féminité.

Dès le début, où Ripley est assimilée à la terre,

une image renvoyant encore une fois à Déméter,

Aliens se veut une représentation de divers strates du féminin sacré.

Rien de surprenant donc à ce que des années plus tard

le réalisateur associe son interprète iconique à un arbre de vie.

Aliens n'est donc en aucun cas une trahison au premier.

C'est au contraire une réponse,

un film miroir qui prolonge les thèmes du premier volet

en réinventant l'univers de la saga.

Et c'est d'ailleurs devenu une tradition sur la franchise

puisque chaque nouvel épisode tue en quelque sorte le précédent

autant qu'il en prolonge la mythologie.

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