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InnerFrench - Vol. 2, 102 - Faire sa vie à l’étranger (1)

102 - Faire sa vie à l'étranger (1)

Salut à toutes et à tous, je suis ravi de vous retrouver pour ce nouvel épisode et je suis encore une fois en compagnie d'Ingrid aujourd'hui.

Ingrid: Salut !

Hugo: Ingrid, il me semble que tu es un peu malade.

Ingrid: Oui, un petit peu. Là, c'est début octobre, donc, en France, il y a les rhumes, les angines et j'y ai pas manqué. Donc voilà, désolée si ma voix est un peu chancelante. En tout cas, j'essaierai de faire au mieux.

Hugo: Qu'est-ce que ça veut dire, une voix chancelante ?

Ingrid: Bah c'est qui tient pas vraiment droit. Voilà qui est proche de tomber. On peut dire aussi qu'on a la voix cassée, quand par moment, ça bug, en fait. Donc, je vais faire au mieux. Mais c'est possible qu'à un moment, ça vous fasse un peu mal aux oreilles. Désolée !

Hugo: Et moi, comme je suis un chef tyrannique, je force mes employés à travailler même quand ils sont malades. Donc voilà, vous en avez la preuve.

Ingrid: C'est vrai…

Hugo: Alors, on a choisi l'expression « faire sa vie » aujourd'hui dans le titre de l'épisode. Qu'est-ce que ça veut dire, « faire sa vie » ? Comment on pourrait expliquer ça ?

Ingrid: Bah « faire sa vie », c'est tout simplement s'installer, s'intégrer, être quelque part, comme si c'était chez soi et là où on a toutes ses habitudes. En français, on utilise beaucoup faire pour tout, non ?

Hugo: C'est vrai. Et on a aussi l'expression « refaire sa vie » quand on a un évènement important qui s'est passé dans notre vie. Peut-être une rupture amoureuse, par exemple, et qu'on doit recommencer quelque chose, recommencer une nouvelle histoire. Ou alors apprendre à vivre sans son compagnon ou sa compagne. On peut dire qu'on refait notre vie. « Je refais ma vie. » Ingrid: Ouais, c'est vrai. Hugo: Donc nous, on ne va pas parler de relations amoureuses aujourd'hui, mais d'expatriation plutôt parce qu'on a dit « faire sa vie à l'étranger ». Donc on a choisi le terme d'expatriation et pas immigration ou installation, parce qu'on va parler de nos exemples personnels. Et en particulier, on va répondre à des questions que vous nous aviez envoyées pour l'épisode 100 et qui concernent cette expérience de l'expatriation. Est-ce qu'on rappelle la différence entre expatriation et immigration ?

Ingrid: Ben, tu avais fait un épisode dessus, non ?

Hugo: Ouais, ouais, ouais. C'était l'épisode 81.

Ingrid: Tu te rappelles de tous tes épisodes comme ça ou tu l'as révisé ?

Hugo: Non, j'ai révisé. On a bien préparé cet épisode forcément. Non, non, je connais pas tous les numéros d'épisodes par cœur. D'ailleurs, je me souviens pas non plus de ce que je dis dans chaque épisode. Donc là, je l'ai relu un peu avant qu'on enregistre. Et c'est vrai que l'expatriation en général, c'est plutôt pour les personnes qui viennent d'un pays occidental, d'un pays riche et qui déménagent dans un autre pays pour une opportunité professionnelle, ou alors pour vivre quelques mois à l'étranger et vivre de nouvelles expériences. Alors que l'immigration en général, c'est plutôt parce qu'on a des contraintes. Ce n'est pas forcément un choix, mais plutôt une contrainte. Par exemple, si on vit dans un pays extrêmement pauvre, qu'il n'y a pas de travail, on est contraint de déménager à l'étranger, d'aller dans un pays un peu plus riche, tout simplement pour essayer de survivre. On parle aussi de plus en plus de migrations climatiques qui sont liées au réchauffement climatique et à tous ces changements qui font que de plus en plus de régions sont inhabitables et donc les habitants sont obligés de quitter leur pays d'origine. Encore une fois pour pour survivre.

Ingrid: Et c'est vrai que du coup, immigration, expatriation, il n'y a pas vraiment de définition officielle qui les différencie. Mais nous, quand on parle d'expatriation comme on parle de quelque chose qui est choisi, on parle d'une position un peu privilégiée où il y a la possibilité de partir, revenir, aller dans plusieurs pays différents, etc. Ça peut être dans le cadre des études, ça peut être dans le cadre d'une relation amoureuse ou encore de vouloir avoir une expérience professionnelle à l'étranger, mais sans être un peu forcé d'être déraciné, etc. Donc voilà, c'est sur ce côté là qu'on voudrait insister, sur des expatriations ou des immigrations choisies, avec des possibilités de le faire dans des bonnes conditions.

Hugo: Oui, justement, nous, nos expériences personnelles, c'était plutôt des expatriations. Moi, comme vous le savez, j'ai vécu à Londres pendant mes études et maintenant, j'habite en Pologne. Ça fait sept ans que j'habite en Pologne. Et toi, Ingrid, c'est quoi tes expériences d'expatriation ?

Ingrid : Alors du coup, moi, j'ai vécu au Pérou pendant longtemps. Je suis revenue il y a pas longtemps et j'ai été a Séville pendant un semestre, qui était pour… Moi, c'était pour travailler, mais mon copain allait étudier là-bas, donc je l'ai suivi et j'ai dû trouver du travail, etc. Donc, le Pérou et l'Espagne.

Hugo: D'accord. Et t'es restée combien de temps en Espagne ?

Ingrid: Six mois.

Hugo: Six mois.

Ingrid: Une demi-année quoi.

Hugo: Et ça, c'était avant ou après le Pérou ?

Ingrid: Au milieu.

Hugo: Au milieu. Ok.

Ingrid: Donc, j'ai vécu quelques années au Pérou. J'ai eu une coupure, je suis allée en Europe et puis après, je suis retournée au Pérou par la suite.

Hugo: Ok, ok. Alors, pour commencer, on va répondre peut-être à la question de Claudia,

Ingrid: Donc Claudia du Pérou, nous a envoyé une question quand on a fait l'épisode sur l'épisode 100, donc on a gardé cette question précieusement pour maintenant.

Hugo: Allez. On l'écoute tout de suite.

Claudia: Bonjour, Hugo, et toute l'équipe de innerFrench. Je suis ravie que vous fêtiez votre anniversaire bientôt. Vous avez de quoi célébrer, car je suis une de vos followers depuis l'année 2019. Ah, je suis tombée amoureuse de la voix calme et rassurante de Hugo qui, à tout moment, m'a encouragée à parler français sans avoir peur des erreurs. Je m'en souviens, à ce moment-là, je ne pouvais pas finir une phrase entière. Trois ans après, ma vie a radicalement changé, car j'ai déménagé en France avec ma petite famille. Ma question est la suivante : comment vous vous êtes rendu compte que votre vie allait être à l'étranger ? Qui n'est pas, bien sûr, votre lieu de naissance et le choix correct… Je suis curieuse. Nous nous sommes parmi une minorité de courageux qui part vivre à l'étranger. Bon, merci et félicitations encore. Claudia du Pérou.

Hugo: Merci Claudia pour ta réponse. Désolé, j'ai écorché ton prénom. C'est vrai que j'ai complètement oublié la prononciation espagnole. Alors moi, en fait, comme je l'avais raconté dans cet épisode sur l'expatriation, j'ai pris cette décision un peu sur un coup de tête. « Un coup de tête« , c'est donc quand on prend une décision de manière qui n'est pas très réfléchie, de manière assez impulsive. Moi, j'ai déménagé en Pologne sur un coup de tête pour suivre mon meilleur ami pour tenter une aventure entrepreneuriale. Mais c'est vrai que quand j'étais plus jeune ou même pendant mes études, je me disais pas « ah il faut absolument que je vive à l'étranger plus tard ». Je rêvais pas d'être expatrié, mais en fait, je pensais plutôt que j'allais rester en France. Quand j'ai fait mon échange étudiant à Londres, j'ai vraiment adoré. Mais après, j'étais assez content de rentrer en France, de retrouver mes petites habitudes, etc. Et ensuite, quand j'ai commencé à travailler à Paris, je me suis vraiment dit que j'allais rester à Paris maintenant, que ma vie était là. Et c'est justement ça, en fait, qui m'a poussé à m'expatrier parce que quand mon ami m'a fait cette proposition, je me suis dit que c'était le bon moment parce que si je restais plus longtemps à Paris, j'avais peur de ne plus pouvoir en partir et de jamais déménager, de ne jamais avoir cette expérience, de vivre à l'étranger. Donc, je me suis dit c'est maintenant ou jamais et j'ai suivi mon ami. Mais c'était une décision qui était, qui était plutôt impulsive.

Ingrid: Mais quand tu es parti avec ton ami, tu pensais déjà que tu allais rester ? Ou tu pensais que tu allais rester un petit moment, puis rentrer à Paris ou en France après ?

Hugo: Je n'avais pas de plan particulier, mais comme on voulait créer une entreprise, c'était quand même pour quelques années. Et voilà, je ne m'étais pas fixé de limite. Je ne m'étais pas dit « bon, c'est pour trois ans et je rentre ». Simplement, je m'étais dit que j'allais essayer pendant un an et que si au bout d‘un an, ça ne marchait pas du tout, là je rentrerai. Mais finalement, au bout de trois mois, il s'est avéré que ça ne marchait pas et j'ai quand même décidé de rester parce que ça me plaisait en fait d'être à Varsovie. J'avais envie d'essayer un peu plus, on va dire, de rester un peu plus longtemps. Et j'ai trouvé des moyens pour ça. Et c'est comme ça, notamment, que j'ai fini à l'Institut français. Mais ce n'était pas, ce n'était pas prévu et on en parlera plus tard d'ailleurs. Mais bon, je ne sais pas pour combien de temps je vais rester en Pologne. Certainement pas pour toute ma vie en tout cas.

Ingrid: D'accord, teasing. Sachant que moi non plus, je ne sais pas ce que tu vas me dire à la fin. Donc j'attends avec impatience. Ouais, mais en tout cas, on a un petit peu…. On n'a pas du tout la même expérience, mais par contre, je vois un dénominateur commun, c'est un peu la peur de rester toute sa vie à Paris. Moi, c'est vrai que je suis partie au Pérou et en général en Amérique latine (parce que je voulais voyager en Amérique latine) en gardant mon appartement à Paris. Donc je n'avais pas prévu de partir sur le long terme. Mais j'avais aucune envie de rester à Paris. Mais vraiment, j'avais… C'était une angoisse totale et je suis partie en me disant « Il faut que je voyage, il faut que je voie autre chose, je reviendrai. Je ne sais pas quand. » Je suis partie avec un billet aller et pas de billet de retour. Et au final, à l'opportunité que j'ai eue de construire quelque chose avec quelqu'un au Pérou, je l'ai saisie sans penser « ah mince, ma vie est en France ». Et en fait, je me suis rendu compte que vraiment, ma vie n'allait pas être en France, au moins pour un moment, quand je voulais partir du Pérou. Ça m'est arrivé de me dire « oh j'aimerais bien… » Je voulais aller ailleurs, partout, sauf en France. Je me disais « oh j'irais bien en Colombie, oh pourquoi pas vivre en Espagne ? Pourquoi …? » Mais jamais je me disais « il faut que je rentre en France, là quand même ». Donc voilà, au bout de quelques mois, sur place, je me suis rendu compte que ce que je voulais, c'était continuer à explorer le monde et pas retourner dans dans mon pays d'origine et encore moins dans ma ville, Paris, où je me sentais pas à ma place.

Hugo: Et parmi tes amis, notamment les amis que tu t'es fait pendant tes études, est-ce qu'il y en a beaucoup qui ont fait le choix de l'expatriation ou est-ce que tu étais plutôt une exception ?

Ingrid: Il y en a pas beaucoup, mais il y en a assez pour que j'aie des modèles ou des personnes avec qui parler. Au moins, j'ai un couple de mes meilleurs amis qui ont vécu à Londres pendant longtemps et j'ai une de mes meilleures amies, pareil, qui a énormément voyagé, qui habite en Écosse maintenant. Donc, ce n'était pas beaucoup de personnes… Ah oui, et bien sûr, ma petite sœur avait prévu, faisait des études dans le but de vivre sa vie comme expatriée. Elle bosse dans l'humanitaire. Donc voilà, ça me faisait assez de contacts pour ne pas me sentir perdue. Mais ce n'était pas la majorité du tout. La grande majorité de mes amis sont en France, même encore à Paris.

Hugo: Ouais, moi, c'est pareil. Alors qu'en école de commerce, pour avoir son diplôme, on est obligé d'avoir une expérience à l'étranger, que ce soit un échange ou alors des études. Donc, tout le monde a fait cette expérience de vivre à l'étranger. Mais parmi mes amis, je dirais qu'au moins 80% sont restés à Paris, finalement. Et ceux qui ont déménagé à l'étranger, c'était souvent parce qu'ils avaient des racines. Par exemple, j'ai un ami qui habite à Berlin maintenant, mais il est franco-allemand. Mon meilleur ami, donc, qui est d'origine polonaise, qui est rentré en Pologne. Quelques amis aussi, effectivement, qui se sont installés à Londres. Parce que c'est vrai que… Bon, il y a beaucoup d'opportunités professionnelles intéressantes à Londres. On reste assez proche de la France avec l'Eurostar. C'était avant le Brexit, bien sûr, maintenant, la situation a un peu changé. Mais globalement, les gens sont quand même plutôt restés à Paris, de mon côté.

Ingrid: Ouais, comme quoi, on n'a pas juste suivi la masse.

Hugo: Effectivement. Alors maintenant, on va parler un peu de l'installation des premiers pas, on peut dire à l'étranger du début et en particulier des premières semaines, quand on arrive sur place et qu'on a plein de choses à gérer, de démarches administratives, etc. Et pour ça, on va écouter une autre question, il me semble.

Ingrid: Alors on va plutôt lire. Donc, parmi les questions qu'on a reçues, il y en a beaucoup qui étaient aussi écrites. Donc là, en fait, pour introduire cette partie, on va répondre à la question de Safa. On va d'abord parler de nous, mais Safa se demandait si pour s'installer en France, car elle voudrait s'installer en France dans un an, si c'est difficile quand on ne s'exprime pas forcément bien ou si c'est complètement… Voilà, est-ce que c'est une bonne idée, est-ce que c'est une solution radicale pour réussir à parler une autre langue que de s'installer dans l'autre pays ?

Hugo: Alors c'est une bonne question. Et c'est vrai que c'est assez difficile d'y répondre. Je me rends compte qu'en Pologne, il y a de plus en plus de choses qui sont traduites en anglais au niveau administratif. Donc souvent, sur les sites officiels, on peut choisir la version anglaise. Mais je me suis aussi rendu compte que souvent, dans la version anglaise, il y a 10 fois moins d'informations que dans la version polonaise. Ou alors c'est une version très simplifiée. Et par exemple, sur la version polonaise, on peut réserver un rendez vous, etc. Et si on passe sur la version anglaise, c'est simplement des informations générales. Mais il n'y a pas la possibilité de parler à quelqu'un ou de prendre un rendez-vous. Je ne sais pas trop comment c'est en France, mais d'après ce que j'ai pu voir, j'ai l'impression que c'est encore assez limité et que si on ne parle pas français, ça reste très compliqué.

Ingrid: Ouais, ouais, donc c'est pour ça, je pense que c'est comparable pour moi, en tout cas. Au Pérou, clairement, tout est en espagnol. Et maintenant, je vois en plus, maintenant que je suis en France pour un temps, c'est à peu près la même chose quoi. Il y a quelques options. Il y a quelques personnes qui parlent anglais, mais de manière générale, la vie se fait dans la langue locale : en France, en français, en Amérique latine, en espagnol. Et voilà. Peut-être que dans les pays de l'est de l'Europe, il y a un peu plus de traduction. Je sais qu'ils sont quand même un peu meilleurs en langues et en anglais, un peu moins fiers de leur langue, peut-être. C'est le problème du français.

Hugo: Un peu plus pragmatique; je dirais.

Ingrid: Un peu plus pragmatique. Un peu plus dans l'envie d'accueillir les gens qui viennent. Donc, voilà. Donc pour les premières démarches qu'on doit faire quand on arrive dans un pays ou même avant de partir finalement. J'avais pensé qu'on pouvait parler très rapidement du visa. Alors toi, est-ce que tu avais déjà dû faire un visa ?

Hugo: Si je pense qu'on avait dû demander un visa, mais c'était seulement à la frontière, donc on l'obtenait immédiatement. Mais sinon, c'est vrai que dans l'Union européenne, il n'y a pas besoin de visa si vous êtes citoyen de l'Union européenne, donc ça, c'est très pratique. Mais bon, si vous êtes citoyen de l'Union européenne, vous le savez déjà. Mais par contre, si vous n'êtes pas originaire d'un pays de l'Union européenne, là, pour travailler ou étudier en France, vous allez avoir besoin d'un visa. Donc, c'est bien de se renseigner avant ça.

Ingrid: C'est un visa de long séjour valant titre de séjour pour la France, je le sais. J'ai dû m'occuper de ces papiers pour mon copain de coup et moi j'avais eu aussi à faire un visa quand j'ai voulu m'installer au Pérou. Donc moi, j'étais déjà sur place. Quand on veut rentrer comme touriste, il n'y a pas de problème. C'est un visa de trois mois juste en tamponnant le passeport. Par contre, pour rester plus longtemps, j'ai eu de la chance parce que j'ai pu faire un visa de journaliste auprès du ministère des Affaires étrangères, il me semble, mais donc que j'avais été aidée à ce moment-là par un réseau. Donc voilà, c'est quelque chose que je conseille dans tous les cas. C'est 1) si c'est possible de vraiment faire les papiers avant de partir, notamment pour la France 2) bien se renseigner sur les conditions parce que au Pérou, par exemple, moi, un visa de travail, ça aurait été très difficile à obtenir comme ça. Et je sais qu'en France, il y a des surprises. Par exemple, quand on arrive, il faut payer, alors que quand on fait toutes les démarches, c'est pas forcément spécifié. Et mon troisième conseil, ce serait de se rapprocher de personnes qui font les mêmes démarches. C'est vrai que ça aide beaucoup et en général, on peut trouver voilà sur des forums, des groupes. Il y a toujours moyen de trouver des concitoyens qui veulent partir dans le même pays que soi et de se dire « Alors ils ont dit quoi ? » Parce que c'est beaucoup d'emails, beaucoup de coups de téléphone, donc, si on peut être deux ou trois à le faire ensemble, c'est toujours bien pratique pour se donner les infos.

Hugo: C'est vrai. Dans les groupes Facebook notamment, il y a beaucoup de groupes Facebook, par exemple « les Américains à Paris », ou des choses comme ça où les gens échangent des informations et c'est des informations qui sont toujours à jour parce que c'est ce que les gens sont en train de vivre, les démarches qu'ils sont en train de faire, notamment si vous avez écouté l'interview que j'avais faite avec Damon Dominique. Lui, il a fait plusieurs vidéos sur sa chaîne dans lesquelles il montre tout le processus pour obtenir un visa, pour renouveler son visa ensuite. C'est assez drôle aussi parce qu'il se filme au téléphone avec les conseillers et bon on voit un peu toutes… Comment on peut dire ça de manière politiquement correcte ? Tout le professionnalisme de l'administration française.

Ingrid: Ça me fait toujours penser à cet épisode du dessin animé Astérix et Obélix. Les douze travaux d'Astérix. Si vous ne l'avez pas vu, il y a des vidéos sur YouTube. C'est trop drôle. C'est vraiment l'illustration de l'administration française : Astérix qui doit réussir à trouver un formulaire. Et voilà, c'est ridicule. Tous tous les pas qu'il faut faire…

Hugo: Ouais il est dans un labyrinthe administratif où il doit aller d'une personne à l'autre pour obtenir un formulaire pour obtenir un autre formulaire qui n'existe pas. Enfin bon c'est…

Ingrid: Trop bien fait ouais.

Hugo: Ça illustre bien. Mais bon, je pense que ce n'est pas le cas simplement en France. Dans tous les cas, effectivement, c'est mieux de se préparer avant de partir parce qu'on est, on est moins dans l'urgence. On a le temps de faire ses recherches, de traduire. On se prépare. On sait un peu à quoi s'attendre, alors que quand on fait tout sur place, c'est vrai qu'on a énormément de choses à faire en même temps. Et du coup, c'est encore plus stressant. Notamment la recherche du logement, donc ça aussi, on a fait un épisode dessus. Mais c'est vrai que même si vous pouvez essayer de contacter les propriétaires, etc. avant d'arriver, c'est compliqué. Vous ne pouvez pas faire les visites et en général, à chaque fois qu'il y a une annonce, il y a beaucoup de candidats qui viennent visiter dont vous n'allez pas avoir la priorité. Donc ça, c'est vraiment quelque chose que vous pouvez faire uniquement une fois que vous êtes sur place. Donc toutes les choses que vous pouvez faire avant, essayez de les faire avant.

Ingrid: Oui, ce que vous pouvez faire avant, par exemple, c'est prendre une assurance puisque les assurances en général, il faut prendre celles de son pays d'origine. Bon, après, il y a peut être des options suivant les pays, mais en tout cas, dans mon expérience… Moi, je suis très mal placée parce que j'ai souvent été sans assurance. Mais ce n'est pas bien. Ne faites pas comme moi. Essayez de prendre une bonne assurance pour la santé, les… Enfin tout ce qui est basique quoi, même éventuellement vos objets de valeur, qui seraient plutôt des assurances de votre pays, spécialisées pour soit les personnes qui s'expatrient, soit les personnes qui vont faire leurs études à l'étranger. Voilà donc après ça, il y en a plein. Il faut bien chercher et pareil, pourquoi pas être en contact avec des personnes qui sont dans la même situation et qui peuvent donc vous aider à trouver la bonne solution ?

Hugo: Ok, je pense qu'on a fait le tour un peu au niveau administratif.

Ingrid: Oui, après, y a des détails tout à faire sur place. Prenez… Prévoyez que vous aurez une semaine, un mois, où vous devrez peut-être prendre une banque locale, peut-être trouver une carte SIM locale, etc.

Hugo: Ce qui est bien maintenant, c'est qu'il y a énormément de banques sur Internet dont les services sont meilleurs que les banques traditionnelles et souvent, elles ont leur page en anglais. Donc c'est plus facile d'ouvrir un compte. Elles ont des comptes aussi spéciaux pour les étudiants, etc. Je ne sais pas si elles en ont pour les étudiants étrangers, mais maintenant, je ne vous apprends rien, mais on peut faire quand même pas mal de choses sur Internet, tranquillement à la maison, avec un traducteur à côté, dans la fenêtre d'à côté pour pour traduire tous les textes. Donc voilà, c'est assez pratique. Ensuite, il y a cette question de la langue et donc toi, quand tu es arrivée au Pérou, tu m'avais dit la dernière fois que ton niveau d'espagnol n'était pas non plus extraordinaire.

Ingrid: Ouais, il était nul, on peut le dire. Je ne comprenais rien. Je suis arrivée et je pensais comprendre un petit peu. Mais en fait, déjà, ça faisait une dizaine d'années, peut-être… Bon, peut-être pas autant, mais bref, ça faisait des longues années que je n'avais pas pratiqué l'espagnol, ni même à l'école. Ce n'est pas comme si je regardais des séries en espagnol ou je voyais beaucoup d'espagnol en général. Donc, quand je suis arrivé, je me suis rendu compte que mes pauvres cours d'espagnol européen du collège lycée, c'est bon, ça servait pas en fait. Ça m'a servi plus tard, quand j'ai commencé à apprendre, à faire un effort, j'ai des bases qui sont revenues. Mais quand au début, t'arrives « . – Ah ok euh… » Et voilà, donc c'était assez difficile. En plus, ils parlent assez mal anglais, donc parfois, quand ils me parlaient en anglais, je comprenais encore moins bien parce que du coup, je disais : bon, c'est mieux de parler en espagnol très lentement, avec des gestes qu'essayer de se mettre à l'anglais. Mais voilà.

Hugo: Il faisait des efforts pour t'aider à comprendre ?

Ingrid: Oui, oui, oui, ils font, ils font des efforts. En fait, finalement, c'est plutôt quand je suis arrivée à Séville. Donc s'il y a des Espagnols qui m'écoutent, ils vont comprendre de quoi je parle. L'accent andalou est vraiment hardcore. Et donc je parlais déjà, ça faisait déjà pratiquement 2 ans, je pense que j'étais, voire plus, que j'avais vécu au Pérou. Je parlais bien espagnol, mais là, j'ai eu une deuxième… Là, c'était plus frustrant parce que j'étais censée parler espagnol et je me disais « Mais attends, c'est quoi ça ? C'est pas possible ! » Mais c'est grâce à l'accent andalou que j'ai vraiment perfectionné mon oreille. Là, maintenant, je peux tout comprendre, n'importe quel accent, même le chilien…

Hugo: T'as un espagnol tout terrain.

Ingrid: Ouais, tout terrain. Toi… Ben, en Pologne, comment ça s'est… C'était encore pire pour toi !

Hugo: Ouais. Quand je suis arrivé, c'était vraiment 0 0 et j'avais… Voilà quand les gens me parlaient, j'avais aucune idée de ce qu'ils racontaient parce que contrairement à l'espagnol et à l'anglais, où bon, c'est des langues qu'on apprend à l'école et en plus, il y a beaucoup de mots qui se retrouvent. Là, Le vocabulaire polonais, c'était quelque chose de complètement différent et c'était impossible de deviner vraiment. Il y a quelques mots qui sont repris du français, mais bon, c'est souvent des mots qui concerne le mobilier. Par exemple, le mot je sais pas « sofa », mais c'est peut être un mot anglais d'ailleurs. « Sofa », « lampa », etc, etc. Mais bon, après, pour les mots vraiment du quotidien, c'est très compliqué. Et donc, au début, j'étais complètement dépendant de mon ami en fait, et très rapidement, ça m'a énervé parce que dès que je devais faire quelque chose, il fallait qu'il soit avec moi, sinon je ne pouvais pas le faire tout seul. Et j'étais un peu dans cette attitude où je ne voulais pas parler anglais pour me forcer à parler polonais. Mais comme j'étais à un niveau vraiment zéro, bah c'était tout simplement pas possible. Donc, la première année, ça a été assez compliqué et une fois que j'ai eu les bases, ne serait-ce en fait que de pouvoir dire « Ah, je comprends pas » ou « Désolé, je ne parle pas bien polonais », ça a permis de me mettre plus en confiance, en fait, en me disant bon bah, peu importe la situation, je peux répondre quelque chose de manière un peu polie et ça va permettre de me sauver. La personne va passer en anglais ou alors elle va arrêter de me parler. Mais voilà, une fois que j'avais un peu cette phrase de base, déjà, je me suis senti plus à l'aise.

Ingrid: Cool.

Hugo: Et… Parce que souvent, on a ce débat sur qu'est ce que ça veut dire que parler couramment une langue. Et moi, je pense que quand vous vous êtes capable en fait de vous débrouiller un peu dans toutes les situations, même si vous comprenez pas tout, mais que vous n'êtes pas stressé parce que vous pouvez dire « ah désolé, mais je comprends pas ce mot-là », ou alors, « qu'est-ce que ça, ça veut dire ? », vous vous rapprochez… Enfin, moi, c'est un peu ma définition de parler couramment en fait : quand, peu importe la situation, vous êtes capable de demander à la personne d'expliquer quelque chose, voilà, vous n'êtes pas complètement perdu.

Ingrid: Ouais. Je pense que le plus difficile, c'est comprendre. Se faire comprendre, on n'a pas besoin, voilà… Moi, par exemple, c'était ça qui était difficile au début au Pérou, c'était quand j'avais aucune idée de ce qu'on me disait. Et c'est vrai que j'avais cet avantage que je savais formuler une phrase d'un enfant de 5 ans et après, on a de la chance c'est qu'aujourd'hui, on a des moyens qui peuvent nous aider. Par exemple, je me rappelle d'une fois, je voulais acheter des courgettes. Et alors je ne savais pas dire « courgette ». Et… Je ne sais pas. Je trouvais des traductions sur le traducteur, mais en fait, c'était des traductions d'Espagne et au Pérou, ils utilisaient pas du tout le mot, donc on me comprenait pas et donc j'ai montré une photo sur Google. Alors au début, ils m'ont tendu un concombre. Et j'étais là : « Non, non, non, non, pas pas pour manger froid, pas pour la salade, pour cuire ». Et il y a une autre dame qui a dit : « non, non, elle veut dire ça ». Et on a fini par… Mais alors, sans l'image, j'aurais jamais réussi. Mais tu vois on réussit, au bout d'un moment, on a de la ressource et donc pareil, ce que je conseillerais, c'est : qu'on soit au niveau zéro ou un niveau où on n'a pas trop confiance, c'est tout essayer. Montrer des images, ne pas hésiter à très poliment, dire « pardon, est-ce que vous pouvez parler lentement » des choses comme ça.

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