×

We use cookies to help make LingQ better. By visiting the site, you agree to our cookie policy.

New Year Sale Up to 50% off
Sign Up Free
image

InnerFrench - Vol. 1, #77 - Pourquoi la France protège-t-elle Polanski ? (1)

#77 - Pourquoi la France protège-t-elle Polanski ? (1)

Salut à toutes et à tous, bienvenue ! Je suis content de pouvoir passer un petit moment avec vous en cette période, comment dire, légèrement chaotique. J'imagine que certains d'entre vous sont chez eux en quarantaine ou, en tout cas, en confinement, à cause de l'épidémie de coronavirus.

Tiens, d'ailleurs, est-ce que vous connaissez l'origine du mot quarantaine ? Vous savez qu'en français, on dit «une dizaine» pour «environ dix», «une vingtaine» pour environ vingt, «une trentaine» pour environ trente, etc. Eh bien, on utilise le mot «quarantaine» quand on isole des personnes malades pour éviter qu'elles en contaminent d'autres, parce qu'avant, cette période d'isolation [correction : isolement] durait en général 40 jours, une quarantaine de jours. C'est de là que vient l'expression «mettre en quarantaine», tout simplement. Voilà, ça vous permettra d'impressionner vos amis avec votre culture générale la prochaine fois que vous les verrez.

Et il y a une autre expression avec le mot «quarantaine», en français, c'est «la crise de la quarantaine». La crise de la quarantaine, c'est quand on est au milieu de sa vie, qu'on a environ 40 ans, et qu'on fait le bilan. On se demande ce qu'on a fait jusque-là, ce qu'on a bien fait, ce qu'on a mal fait, et ce qu'on a envie de faire pour les années qu'il nous reste. Et en général, c'est une période de remise en question, une période où on se pose beaucoup de questions. Donc en français, on ne dit pas, comme en anglais, «la crise de milieu de vie», mais on dit «la crise de la quarantaine».

Bref, j'ai une pensée pour tous ceux d'entre vous qui écoutent cet épisode en étant en quarantaine. En France, le gouvernement a annoncé la semaine dernière la fermeture des écoles, des restaurants, des cafés, des musées, des monuments et de tous les commerces non-essentiels. Les gens ont reçu la consigne de rester chez eux et d'éviter au maximum les déplacements, comme en Chine et en Corée il y a quelques semaines, en Italie, en Espagne et dans de plus en plus de pays.

C'est le cas aussi en Pologne. Moi, j'ai la chance de travailler à la maison donc ça ne me demande pas trop d'efforts d'organisation. Mais comme tout le monde, j'évite le plus possible de sortir dehors et d'avoir des contacts avec d'autres personnes. À l'heure où j'enregistre cet épisode, c'est l'Europe qui est l'épicentre de la maladie, donc chacun doit faire le maximum pour ralentir la propagation du virus.

Que vous viviez en Europe ou dans un autre pays touché par le covid-19, j'espère que vous n'êtes pas tombés malades et que vos proches vont bien. Je sais que vous êtes des gens intelligents et bien informés, donc je suis sûr que vous faites le nécessaire pour vous protéger et surtout protéger les autres.

Et puis, il faut voir le bon côté des choses. Si, comme beaucoup d'Européens, vous êtes confinés à la maison, c'est l'occasion de passer du temps avec vos proches, de vous reposer un peu ou de vous changer les idées en faisant du français par exemple !

C'est pour ça qu'on ne va pas parler du coronavirus dans la suite de cet épisode. Pour ça, et aussi parce que j'avais déjà commencé à travailler sur un autre sujet d'actualité il y a quelques semaines, avant l'épidémie. Donc je n'ai pas envie d'attendre trop longtemps avant de le publier.

Mais avant de vous en parler, je vous propose d'écouter un message que m'a envoyé une auditrice du podcast.

Bonjour Hugo,

Je m'appelle Manvitha et j'habite aux États-Unis. J'étudie le français depuis 6 ans et je voulais pratiquer mon français pendant les vacances d'été parce que je n'ai pas de cours de français comme je le fais à l'université.

Alors, j'ai découvert votre podcast cet été. Et j'aime beaucoup les sujets que vous choisissez pour les épisodes. Surtout quand vous racontez des histoires de vos expériences comme vos vacances en Thaïlande. Et, si vous pouvez, j'aimerais entendre plus parler de vos autres voyages et votre apprentissage de l'anglais. Aussi, je trouve que c'est très utile quand vous donnez des définitions des mots un peu compliqués, ou quand vous traduisez des expressions idiomatiques.

Dans deux semaines, ma famille et moi, nous allons visiter Montréal et Québec. Et je n'ai jamais visité de pays francophone donc j'ai hâte d'aller au Canada et d'utiliser mon français avec les Canadiens. Et ce matin, j'ai essayé de réserver une chambre en français et j'ai trouvé que la réceptionniste parlait beaucoup plus vite que ce que j'avais imaginé. Mais quand même, je suis enthousiaste à l'idée de visiter le Canada.

Alors merci Hugo pour votre podcast et pour rendre mes trajets en voiture un peu plus intéressants. Merci !

Vous avez entendu que Manvitha m'a envoyé son message l'été dernier, donc ça vous donne une idée du retard que j'ai pris avec les épisodes. Manvitha, je ne sais pas si tu écoutes toujours le podcast mais, si oui, merci pour ton message ! J'espère que tes vacances à Montréal se sont bien passées et que cette expérience t'a motivée à continuer ton apprentissage du français. Il paraît que les Montréalais sont très sympas donc je suis sûr que tu as été bien accueillie, d'autant plus que tu parles très bien français !

D'ailleurs, j'en profite pour corriger une petite erreur que j'entends souvent dans vos messages. Vous savez que c'est pas grave de faire des erreurs, ça fait partie de l'apprentissage. D'ailleurs, j'ai publié une vidéo la semaine dernière à ce sujet sur YouTube. Le plus important à mon avis, c'est de prendre confiance en vous. C'est pour ça que je vous encourage à m'envoyer des messages.

Mais moi, je suis là pour vous aider à progresser et ça, c'est une erreur facile à corriger. D'ailleurs, Manvitha n'a pas fait cette erreur, elle a dit : «J'étudie le français depuis 6 ans». Ça, c'est la bonne façon de le dire.

Le problème, c'est que je vous dites parfois : «J'étudie le français il y a 6 ans» ou «j'ai étudié le français il y a 6 ans». Ça, ça signifie que vous avez appris le français avant, il y a 6 ans, et que vous avez arrêté, que vous n'apprenez plus le français maintenant. Or, si c'est quelque chose que vous avez commencé dans le passé et que vous faites toujours actuellement, il faut utiliser «depuis» + le présent, pas «il y a ». «Il y a», on l'utilise pour les évènements passés et terminés. Si ça n'est pas clair pour vous, j'ai fait une vidéo sur les expressions de temps l'année dernière, vous pouvez la trouver sur ma chaîne YouTube.

Bref, c'était juste un petit détail sur lequel je voulais attirer votre attention. Et Manvitha, tu n'as pas fait cette erreur donc bravo !

C'est drôle parce que vous mentionnez souvent l'épisode sur mes vacances en Thaïlande, je vois qu'il vous a bien plu. J'ai pas encore de vacances prévues cette année, à part une semaine dans le sud de la France fin juillet pour assister aux mariages de deux de mes amis. Mais sinon, rien d'aussi exotique que la Thaïlande. Et de toute façon, vu la situation actuelle, c'est pas le moment de penser aux voyages.

En France, le vendredi 28 février, c'était les César. Les César, c'est la version française des Oscars : une grande cérémonie qui a lieu chaque année pour récompenser les meilleurs films français. Le grand vainqueur de 2020, ça a été Les Misérables, un film qui parle des relations entre la police et les jeunes d'une banlieue parisienne. Il a reçu quatre César dont celui du meilleur film. Et c'était un beau message car ça apportait un peu de diversité dans le monde du cinéma français. D'habitude, on voit rarement des personnes de couleur monter sur la scène des César. Tout comme avec les Oscars aux États-Unis d'ailleurs.

Mais malheureusement, il y a un autre évènement qui a marqué la soirée et qui a éclipsé la victoire des Misérables. Ce soir-là, Roman Polanski a lui aussi été récompensé : il a reçu le César du meilleur réalisateur. Ah oui, attention, en français, on appelle l'auteur d'un film «le réalisateur», pas «le directeur». «Un directeur», c'est plutôt pour une entreprise ou une organisation. Mais pour un film, on dit «un réalisateur». Et si c'est une femme, comment on l'appelle ? «Une réalisatrice». C'est comme pour «acteur»/«actrice».

Le problème avec cette récompense c'est que, comme vous le savez sûrement, Roman Polanski est accusé d'avoir violé une mineure aux États-Unis dans les années 70 et d'avoir ensuite échappé à la justice américaine. «Violer», c'est un verbe qui signifie «forcer quelqu'un à avoir une relation sexuelle». Or, depuis cette affaire, d'autres actrices ont elles aussi dénoncé le réalisateur franco-polonais pour des actes similaires.

Alors comment est-il possible qu'aux États-Unis, Polanski risque la prison alors qu'en France, il continue d'être célébré et protégé ? Est-ce qu'on est face à une simple question de procédure judiciaire ? Ou bien est-ce qu'il s'agit d'un enjeu moral plutôt que légal ?

Je vous rassure, on ne va pas refaire le procès de Polanski dans cet épisode. Ça dépasserait largement mes compétences vu que je suis pas juge d'instruction. Non, nous, on va plutôt s'intéresser à la dimension culturelle de cette affaire pour essayer de mieux comprendre la société française. Et comme d'habitude, ça va aussi être l'occasion d'apprendre un peu de vocabulaire.

Cet épisode s'adresse à un public averti parce qu'on va parler brièvement de crimes sexuels. Donc si vous écoutez le podcast en famille, je préfère vous prévenir. Maintenant que vous êtes prévenus et que vous connaissez le programme, on peut commencer.

On va commencer par remettre les choses dans leur contexte en rappelant les faits.

En 1977, Roman Polanski a 43 ans. C'est déjà un réalisateur mondialement célèbre, notamment grâce à son film Rosemary's baby. Cette année-là, le 10 mars, il a une séance photo pour le magazine Vogue avec une jeune fille de 13 ans, Samantha Gailey. Pendant la séance, il lui offre du champagne, de la drogue, et il finit par la violer. Samantha raconte à sa mère ce qui s'est passé et la famille porte plainte contre Polanski. «Porter plainte», ça veut dire «demander l'intervention de la justice contre quelqu'un», «attaquer quelqu'un en justice». «Porter plainte».

Le procès contre Polanski commence le 15 avril 1977 et le réalisateur plaide d'abord non-coupable. Il affirme que la jeune Samantha Gailey était consentante. Mais quelques jours plus tard, il change de stratégie et plaide coupable de détournement de mineure, un crime moins grave que le viol. Il conclut un accord avec les parents de Samantha Gailey qui veulent éviter un procès public à leur fille, ce qui arrange bien Polanski comme vous pouvez l'imaginer. Le réalisateur est d'abord condamné à trois mois de prison, mais il est libéré après seulement un mois et demi pour bonne conduite.

Sauf que l'opinion publique aux États-Unis est scandalisée par cette affaire et par la faiblesse de la sanction. Du coup, le juge chargé de l'affaire change d'avis. Il décide de renvoyer Polanski en prison, cette fois pour une durée indéterminée qui pouvait théoriquement aller jusqu'à 50 ans. Polanski trouve cette nouvelle sanction injuste et il décide d'y échapper en quittant définitivement les États-Unis pour s'installer à Paris, vu qu'il a la double nationalité française et polonaise.

Depuis cet évènement, les États-Unis demandent l'extradition de Polanski. Mais la France refuse d'extrader ses citoyens donc le réalisateur continue d'y vivre tranquillement, de faire des films, de répondre à des interviews et de gagner des récompenses dans les festivals de cinéma. Ça, c'est pas une exception française. Il est très rare qu'un État accepte d'extrader un de ses citoyens. D'ailleurs, les autorités américaines ont fait d'autres demandes d'extradition dans des pays où Polanski s'est rendu: la Pologne, le Royaume-Uni, l'Allemagne, le Canada, le Brésil, etc., mais ces demandes n'ont jamais abouti, elles n'ont jamais donné de résultat.

Dans les années 90, le réalisateur a envoyé une lettre d'excuse à Samantha Gailey et il lui a versé 200 000$.

Learn languages from TV shows, movies, news, articles and more! Try LingQ for FREE