#58 - Le Sherlock Holmes français (1)
Salut à tous ! Bienvenue pour ce 58ème épisode. Comme promis la dernière fois, ça va être un épisode un peu différent puisque je vais vous lire une histoire. Et pas n'importe laquelle, celle du plus célèbre voleur français !
Mais avant ça, j'aimerais vous dire quelques mots sur mon programme parce que j'ai reçu beaucoup d'emails à ce sujet dernièrement. Je vois que certains d'entre vous sont très motivés et qu'ils ont hâte de le commencer ! Donc sachez que les inscriptions vont ouvrir le lundi 28 janvier et qu'elles seront ouvertes pendant une semaine. Vous aurez une semaine pour vous inscrire. Ensuite, je fermerai à nouveau les inscriptions jusqu'à cet été, jusqu'au mois de juin je pense. D'ailleurs pour être sûrs de ne pas rater la période d'inscription, vous pouvez aller sur la page du cours sur innerfrench.com et laisser votre adresse email. Comme ça, vous recevrez un email le jour de l'ouverture des inscriptions.
Si vous savez pas de quoi je suis en train de parler, il s'agit de mon cours Build a Strong Core pour aider les personnes qui ont un niveau intermédiaire à mieux comprendre le français. C'est un programme avec des leçons structurées en version vidéo et audio, un peu de grammaire et des exercices pour corriger les erreurs fréquentes plus un groupe Facebook privé pour rester motivé ! J'en ai déjà parlé en détails dans l'épisode 52, donc si vous voulez plus d'infos, je vous conseille de l'écouter ou d'aller sur mon site innerfrench.com.
Aujourd'hui, comme je vous l'ai dit, c'est un épisode littéraire et ça tombe bien parce que j'ai reçu un enregistrement très poétique. C'est Adrienne qui me l'a envoyé et dedans elle récite un poème de Jacques Prévert qu'elle a appris par cœur. J'imagine que vous connaissez cette expression, « apprendre par cœur », c'est la même en anglais. Ça veut dire « apprendre quelque chose parfaitement et être capable de le réciter sans erreur ». Adrienne est anglaise et elle m'a écrit que faire cet exercice, ça l'aide beaucoup à améliorer sa prononciation. Donc si vous aussi, vous aimez la poésie, c'est vrai que ça peut être un bon entraînement. Si vous trouvez un poème que vous aimez, vous pouvez le chercher sur YouTube et normalement vous verrez une version audio avec un lecteur français.
D'ailleurs, les poèmes de Jacques Prévert sont parfaits pour s'entraîner à mon avis. Jacques Prévert, c'est un poète du XXème siècle qui est très populaire en France. On apprend souvent ses poèmes à l'école parce qu'ils sont assez accessibles ; ils parlent de la vie quotidienne et ils contiennent beaucoup de jeu de mots. Son recueil le plus connu s'appelle Paroles. Et justement, le poème qu'a choisi Adrienne vient de ce recueil.
Déjeuner du matin – Jacques Prévert
Il a mis le café Dans la tasse Il a mis le lait Dans la tasse de café Il a mis le sucre Dans le café au lait Avec la petite cuiller Il a tourné Il a bu le café au lait Et il a reposé la tasse Sans me parler
Il a allumé Une cigarette Il a fait des ronds Avec la fumée Il a mis les cendres Dans le cendrier Sans me parler Sans me regarder
Il s'est levé Il a mis Son chapeau sur sa tête Il a mis son manteau de pluie Parce qu'il pleuvait Et il est parti Sous la pluie Sans une parole Sans me regarder
Et moi j'ai pris Ma tête dans ma main Et j'ai pleuré.
Merci beaucoup Adrienne pour cet enregistrement ! Je suis sûr que ça va inspirer les auditeurs. D'ailleurs si vous voulez lire ce poème et la transcription complète du podcast, n'oubliez pas qu'ils sont disponibles gratuitement sur mon site.
Et pour ceux qui cherchent des idées de lectures, j'ai publié une vidéo sur YouTube la semaine dernière avec des livres que je recommande pour apprendre le français. Il suffit de chercher « Quels livres lire en français » sur YouTube et vous allez la trouver. D'ailleurs j'en profite pour remercier tous ceux et toutes celles qui se sont abonnés à la chaîne innerFrench et qui laissent des commentaires sur YouTube. Ça me fait très plaisir donc merci beaucoup ! Allez, on va passer à notre histoire.
Alors je vous ai dit dans le titre de cet épisode que je vais vous présenter le Sherlock Holmes français. Il s'appelle Arsène Lupin. Il est apparu quelques années plus tard, au début du XXème siècle. Comme Sherlock Holmes, il est très intelligent, charmeur et un peu trop sûr de lui. Mais il y a quand même une grande différence entre les deux personnages parce qu'Arsène Lupin n'est pas détective mais voleur ! Un voleur, vous savez, c'est quelqu'un qui prend des choses qui ne sont pas à lui. Ça vient du verbe « voler ». Et quelqu'un qui vole des objets dans une maison, c'est un cambrioleur (qui vient du verbe « cambrioler »).
Par exemple quand j'habitais à Londres pendant mes études avec des amis, dans le quartier de West Hampstead, on s'est fait cambrioler ! Le cambrioleur pensait que la maison était vide alors il a cassé la fenêtre et il est entré à l'intérieur. Mais ensuite il a vu qu'il y avait des gens dans la maison donc il s'est enfui. Il a juste eu le temps de voler l'ordinateur d'un de mes colocataires qui était dans le salon. C'était pas une expérience très agréable mais heureusement, il y a eu plus de peur que de mal.
Bref, si je vous raconte ça, c'est parce que le surnom d'Arsène Lupin, c'est « le gentleman cambrioleur » (oui, on utilise aussi parfois le mot « gentleman » en français). Donc contrairement à Sherlock Holmes, c'est un héros criminel. Justement en 1906, l'auteur d'Arsène Lupin, Maurice Leblanc, a écrit une aventure qui oppose son héros au célèbre détective anglais. Mais pour des raisons de droits d'auteur, il l'a appelé « Herlock Sholmès » au lieu de « Sherlock Holmes ». Le titre, c'est Arsène Lupin contre Herlock Sholmès et c'est assez drôle !
Donc maintenant, je vais vous lire la toute 1ère aventure d'Arsène Lupin publiée en 1905 qui s'intitule : Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. Elle se passe dans un transatlantique, autrement dit un bateau qui traversait l'océan atlantique pour voyager entre la France et les Etats-Unis. Oui car à l'époque de cette histoire, les compagnies aériennes n'existaient pas encore donc il fallait prendre le bateau.
Comme d'habitude, j'ai un peu modifié le texte original pour le rendre plus facile à comprendre. Par exemple j'ai remplacé le passé simple par le passé composé et j'ai choisi des expressions et des mots de vocabulaire plus actuels. J'aimerais bien pouvoir vous lire des romans plus récents mais c'est illégal parce qu'ils sont protégés par des droits d'auteur. Et moi, je suis pas comme Arsène Lupin, j'essaye de rester dans la légalité ! C'est pour ça que je dois choisir des livres plus anciens qui sont dans le domaine public. D'ailleurs, si vous voulez lire le texte original après avoir écouté cet épisode, il est disponible gratuitement sur internet. Je vais mettre un lien dans la description et vous verrez que sur ce site il y a plein d'autres œuvres du domaine public.
Alors je sais que les épisodes avec une histoire sont un peu plus difficiles à comprendre que quand c'est moi qui vous parle d'un sujet. Mais comme je vous le répète toujours : il faut sortir de sa zone de confort ! Donc accrochez-vous, écoutez l'épisode plusieurs fois et ensuite lisez la transcription si vous en avez besoin. Allez, sans plus attendre, place au gentleman cambrioleur !
Quel étrange voyage ! Pourtant il avait si bien commencé ! La Provence est un transatlantique rapide et confortable. La haute société y était réunie. Des relations se formaient, des divertissements s'organisaient.
Nous avions cette impression exquise d'être séparés du monde, comme sur une île déserte, obligés par conséquent, de nous rapprocher les uns des autres. Et nous nous rapprochions…
N'avez-vous jamais pensé à ce qu'il y a d'original et d'imprévu dans ce genre de situations ? Des personnes qui, la veille encore, ne se connaissaient pas, et qui, durant quelques jours, entre le ciel infini et la mer immense, vont partager leur intimité et défier les colères de l'Océan.
Au fond, c'est comme une version raccourcie et tragique de la vie, avec ses orages et ses grandeurs, sa monotonie et sa diversité. Voilà pourquoi, les gens aiment tellement ce voyage qui est aussi intense que court.
Mais, depuis plusieurs années, il n'est plus exactement le même. Quelque chose a changé. Le bateau n'est plus seul, isolé en mer. Un lien subsiste grâce au télégraphe sans fil ! Avec cette invention, les passagers continuent de recevoir des messages, même en plein milieu de l'océan !
Justement, le second jour du voyage, à huit cent kilomètres des côtes françaises, par un après-midi orageux, le télégraphe sans fil a transmis ce message à l'équipage du bateau : « Arsène Lupin à votre bord, première classe, cheveux blonds, blessure au bras droit, voyage seul, sous le nom de R… »
À ce moment précis, un coup de tonnerre violent a éclaté dans le ciel sombre. Les ondes électriques ont été interrompues et l'équipage n'a pas reçu le reste du message. Il connaissait donc seulement l'initiale du nom sous lequel se cachait Arsène Lupin.
Rapidement, la nouvelle s'est propagée parmi les passagers. Nous savions tous que le fameux Arsène Lupin se cachait parmi nous.
Arsène Lupin parmi nous ! L'insaisissable cambrioleur dont on racontait les exploits dans tous les journaux depuis des mois ! L'énigmatique personnage avec qui le vieux Ganimard, notre meilleur policier, avait engagé ce duel à mort ! Arsène Lupin, le fantaisiste gentleman qui n'opère que dans les châteaux et les salons. Arsène Lupin, l'homme aux mille déguisements: tour à tour chauffeur, ténor, adolescent, vieillard, employé de bureau, médecin russe, torero espagnol !
Imaginez la situation : Arsène Lupin allant et venant dans la 1ère classe d'un transatlantique, dans cette salle à manger, dans ce salon, dans ce fumoir ! Arsène Lupin, c'était peut-être ce monsieur… ou celui-là… mon voisin de table… mon compagnon de cabine…
— Et cela va durer encore cinq jours ! a dit miss Nelly Underdown, mais c'est intolérable ! J'espère bien qu'on va l'arrêter. Et s'adressant à moi : — Voyons, vous, monsieur d'Andrézy, qui connaissez bien le commandant du bateau, vous ne savez rien ?
J'aurais bien voulu savoir quelque chose pour plaire à miss Nelly ! C'était une de ces femmes magnifiques qui, partout où elles sont, attirent toute l'attention. Elle était aussi belle que riche et avait beaucoup d'admirateurs. Élevée à Paris par une mère française, elle rejoignait son père, le richissime Underdown, de Chicago. Une de ses amies, lady Jerland, l'accompagnait. Dès la première heure du voyage, j'avais essayé de me rapprocher d'elle. Mais son charme m'avait troublé, et je me sentais un peu trop ému pour flirter quand ses grands yeux noirs rencontraient les miens. Cependant, elle accueillait mes avances avec une certaine faveur. Elle riait à mes plaisanteries et s'intéressait à mes anecdotes.
Il y avait un seul rival qui m'inquiétait. Un assez beau garçon, élégant, réservé, dont elle paraissait quelquefois préférer l'humeur introvertie à mon extraversion de Parisien. Il faisait justement partie du groupe d'admirateurs qui entourait miss Nelly, quand elle m'a posé la question. Alors, je lui ai répondu : — Je ne sais rien de précis, mademoiselle, mais peut-être pouvons-nous mener notre propre enquête, tout aussi bien que le ferait le vieux Ganimard, l'ennemi personnel d'Arsène Lupin ? — Vous vous avancez beaucoup monsieur ! — Et pourquoi donc ? Le problème est-il si compliqué ? — Très compliqué. - C'est que vous oubliez les éléments que nous avons pour le résoudre.