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L'Autisme explique aux non-autistes - Brigitte Harrisson, C… – Text to read

L'Autisme explique aux non-autistes - Brigitte Harrisson, Chapitre 6: L'estime de soi

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Chapitre 6: L'estime de soi

L'ESTIME DE SOI

29.DOIT-ON CHERCHER À DIVERSIFIER SES CHAMPS D'INTÉRÊT?

On le cite souvent dans la littérature, les personnes autistes ont parfois des champs d'intérêt très précis et restreints, par exemple, les chiffres, les lettres, les dinosaures, les horaires d'autobus ou de train, la géographie, l'histoire ancienne…

Dans les plans d'intervention, les intervenants proposent souvent que l'autiste diversifie ses champs d'intérêt. Le fait que l'autiste s'investisse énormément dans un sujet en particulier semble affecter les personnes autour de lui. Mais comment se fait-il, par exemple, qu'une personne non autiste s'intéressant beaucoup aux fleurs «ait développé une belle passion» et que cette personne soit valorisée? Jamais personne autour d'elle n'aurait le réflexe de dire qu'elle devrait s'intéresser à autre chose. Alors, pourquoi cherchons-nous à modifier les intérêts de la personne autiste?

Les champs d'intérêt font partie de la personne. Ils correspondent à ses perceptions, à ses envies, à ses talents. On ne doit pas les détourner.

Toutefois, la personne parviendra à s'intéresser à d'autres sujets en accédant aux étapes supérieures de son développement, qui lui faciliteront la généralisation. Le travail sur la conceptualisation permet ce passage. Les champs d'intérêt restreints sont une conséquence du traitement de l'information propre au cerveau perceptif. En rendant le traitement de l'information plus fluide, on pourra amener la personne à diversifier ses champs d'intérêt, selon son souhait.

Les champs d'intérêt, chez les autistes et surtout chez les Asperger, se développent par le dedans, à «l'intérieur» du champ d'intérêt. Comme le cerveau n'arrive pas à faire des liens autres que concrets, la personne développera un intérêt à fond en en explorant tous les détails.

Par exemple, si la personne s'intéresse aux trains, elle s'intéressera aux différents types de trains, aux horaires, aux différentes périodes de leur évolution, aux pays où ils sont fabriqués, aux chemins de fer, aux vis et aux boulons utilisés, etc.

30.A-T-IL DES ÉMOTIONS?

Mythe: «Les autistes n'ont pas d'émotions.»

Les observateurs ont longtemps cru que les autistes n'éprouvaient pas d'émotion. Quelle erreur!

La lecture des émotions chez les autistes est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît. Une chose est certaine: tous les humains ont des émotions, y compris les autistes. Certains mythes ont vraiment la vie dure…

Il faut retenir que la carte des émotions primaires est la même que chez les non-autistes. On y trouve la peur, la colère, la tristesse et la joie. Mais puisque le cerveau capte l'information différemment, les déclencheurs d'émotions sont différents de ceux des non-autistes. Ces déclencheurs sont directement reliés au vécu autistique.

Ce qui fait rire un autiste pourra ne pas faire rire un non-autiste! Grâce à son cerveau perceptif, l'autiste peut rire des imperfections physiques d'un jouet; le non-autiste rira de voir le jouet en frapper un autre, par exemple. La manifestation des émotions, chez l'autiste, sera différente des manifestations observées chez les neurotypiques.

Comme le cerveau autistique doit franchir diverses étapes développementales, certains autistes, à certaines étapes, ne pleurent pas, d'autres n'expriment pas encore les émotions qu'ils ressentent, etc. Il faut connaître l'autisme pour comprendre comment se développent les émotions, car leur expression dépend du stade de développement atteint.

Malheureusement, l'expression d'émotions qu'on interprète mal est parfois perçue comme problématique, surtout de la part de l'entourage. Un autiste en colère n'est pas un autiste qui a des troubles de comportement, mais bien un être humain en colère. Il emploie simplement des signaux différents pour exprimer la même colère. Les émotions des autistes sont identiques à celles des neurotypiques; ce n'est que leur expression qui est différente.

Soyez-en assuré: l'autiste qui pleure a de la peine, celui qui rit vit de la joie, celui qui montre des signes de colère en éprouve réellement, celui qui semble avoir peur a vraiment peur.

On ne peut pas s'improviser intervenant spécialisé en autisme lorsqu'il est question des émotions des autistes. Il faut faire attention à ne pas traiter l'autiste comme un non-autiste, ce qui peut causer plus de tort que de bien.

31.QUE DIRE AUX PROCHES POUR EXPLIQUER L'AUTISME?

Mythe: «Vous êtes certain qu'il est autiste? Ça ne paraît pas. Il n'a pas l'air autiste!»

Dans le milieu, on sait que moins l'autisme est apparent, plus il est difficile à expliquer, car la véritable explication réside dans les connexions du cerveau, et cela ne se voit pas. Il est fréquent que certaines personnes pensent avoir guéri un autiste parce que, selon elles, les symptômes de l'autisme ne sont plus visibles.

Nous viendrait-il à l'esprit de dire d'une personne sourde qu'elle a un trouble de comportement parce qu'elle ne répond pas à l'appel de son nom? Dirions-nous d'une personne aveugle qu'elle présente un trouble de comportement parce qu'elle refuse de traverser la rue, n'ayant pas toute l'information nécessaire à sa sécurité? Non.

L'autisme n'est ni une maladie ni un trouble du comportement, mais un trouble neurodéveloppemental. Le cerveau autistique est visuel et concret. Lorsque nous nous adressons à un autiste essentiellement avec des mots, il se peut qu'il ne puisse pas tout comprendre, que les mots, en ce moment, ne suffisent pas. Les représentations mentales d'une personne autiste fonctionnent par images, par associations. Nous pouvons avoir l'impression qu'il ne veut pas nous écouter, mais ce n'est pas le cas.

Il est intelligent et il parle. Mais il est coupé du sens des interactions sociales, de l'abstraction. Il faut l'aider en lui montrant le sens de ce qu'il ne perçoit pas parce qu'il ne le voit pas de ses yeux. Non, ce n'est pas volontaire et ce n'est pas la faute de ses parents. Oui, cela peut lui causer beaucoup d'anxiété. Et oui, il va évoluer si on l'aide en répondant aux besoins de la structure autistique de son cerveau avec une approche neurodéveloppementale.

Voici, en résumé, ce qu'on pourra dire aux gens qui entourent la personne autiste:

L'autisme est un trouble neurodéveloppemental qui affecte le développement toute la vie durant. Les connexions neuronales du cerveau autistique sont différentes de celles du cerveau neurotypique.

C'est normal que l'on ne remarque pas immédiatement qu'une personne autiste l'est effectivement. Plus de 1% de la population mondiale est autiste.

BRIGITTE décrit

Le cerveau neurotypique est équipé d'une boîte de vitesses automatique. Quand il reçoit des informations, il les traite de manière fluide parce qu'il peut se fier aux réglages automatiques (les schémas qu'il a appris et auxquels il a facilement accès) et donc se concentrer sur plusieurs tâches en même temps. Il n'a pas conscience de l'ensemble du traitement de l'information qui s'effectue rapidement et sans intervention consciente. Un autiste, lui, possède un cerveau à boîte de vitesses manuelle. Il doit changer de vitesse manuellement, consciemment. Chaque information qui entre doit être traitée individuellement et à l'aide d'une gymnastique manuelle. Il faut lui laisser le temps nécessaire pour effectuer ces manoeuvres.

32.EST-IL VRAI QUE LES AUTISTES SONT TOUS AGRESSIFS?

Mythe: «Les autistes sont agressifs.»

Faux! L'agressivité n'est pas une caractéristique de l'autisme. Toutefois, plusieurs autistes sont agressés par l'entourage et l'environnement sans que personne ne les agresse délibérément. Les autistes sont agressés par des gens qui parlent trop ou qui parlent et touchent en même temps, par des non-sens continuels, par des interférences causées par une incompréhension de l'autisme, par des interventions imposées à l'autiste et pourtant non réclamées, etc.

Bref, à force d'être agressé et de ne pas pouvoir réagir à ces agressions, de rester sans aide et de se faire bloquer dans la gestion de son autisme, un autiste peut devenir agressif. En fait, on dit souvent qu'un autiste agressif est un autiste agressé sans qu'il y ait eu d'intention réelle d'agression!

Il faut comprendre que l'autiste est en mode SURVIE. Alors que les gens essaient d'en faire un non-autiste ou un «être socialement acceptable», de faire disparaître ses particularités ou ses gestes, l'autiste, lui, essaie seulement de survivre.

33.POURQUOI EST-ELLE SI ANXIEUSE?

La question nous est souvent posée: pourquoi une personne autiste est si anxieuse? Elle parle, elle est intelligente, mais elle est tellement anxieuse! La médication ne semble pas calmer son anxiété. Que se passe-t-il?

L'autiste est toujours aux prises avec son autisme. Intelligent, la plupart du temps l'autiste est coincé avec son «cerveau manuel» et tente de s'adapter «manuellement» à toute information nouvelle. Le cerveau autistique est sous-connecté, sur le plan de la communication, et empêche donc l'autiste de s'exprimer comme il le voudrait. Pris entre les demandes internes et les demandes externes, essayant de traiter un environnement dynamique avec un cerveau statique, il ne peut que vivre beaucoup d'anxiété et s'épuise énormément à tenter de demeurer en équilibre.

Le taux d'anxiété ressentie est un bon indicateur du travail qui doit être fait sur le plan de l'organisation cognitive chez l'autiste. Celui-ci ne peut faire ce travail seul, il a besoin d'aide. La médication ne sera pas efficace, dans ce cas, car cette anxiété est propre à l'autisme et distincte de l'anxiété sociale. Habituellement, un travail fait à l'aide du Langage SACCADE Conceptuel permet d'apaiser l'anxiété et de donner un sens et de la cohérence à l'information perçue.

BRIGITTE se souvient

J'étais toujours anxieuse et je ne savais pas pourquoi. Je ne savais pas non plus que j'étais différente des autres: on me l'a appris. Les Asperger, eux, voient très tôt d'eux-mêmes leur différence, mais les autistes l'apprennent par l'entremise d'autres personnes. Aujourd'hui, je vois que j'étais toujours en train de travailler très fort dans un monde qui allait beaucoup trop vite pour moi. L'anxiété causée par la gestion de l'autisme était plus forte, chez moi, que l'anxiété causée par les situations sociales. À partir du moment où j'ouvrais les yeux le matin, le travail que je devais faire pour traverser la journée en composant avec les difficultés causées par l'autisme était immense. Je suis devenue épuisée et suicidaire avant l'âge de trente ans parce que j'ignorais que je devais gérer mon autisme au quotidien.

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