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Pure Politique, Comment Macron bordélise la France et ses institutions

Comment Macron bordélise la France et ses institutions

On ne veut pas utiliser le 49-3.

Vous avez bloqué la démocratie.

Le blocage, c'est vous.

Qu'il consulte les Français.

La meilleure façon de conjurer cette fracture, c'est le référendum.

La démocratie, ce n'est pas le pouvoir de la rue.

La crise sociale qui devient une crise politique,

le gouvernement qui recherche une légitimité parlementaire

et le comportement déjanté des forces de l'ordre dans les manifestations.

C'est le sommaire de ce numéro 18 de Pol'Express.

La semaine qui s'ouvre s'annonce passionnante.

Car tout peut arriver.

Le rejet par l'Assemblée du projet de loi sur les retraites,

le vote d'une motion de censure et la démission du gouvernement

ou bien la victoire définitive des tenants du départ à 64 ans.

Samedi, les sénateurs ont voté aux forceps le projet de loi du gouvernement.

C'est donc maintenant à une commission mixte paritaire,

7 députés, 7 sénateurs, qui va se prononcer.

Elle se réunira mercredi.

Sur les 14 parlementaires qui la composent,

5 sont acquis à l'exécutif et 4 à la droite.

La commission devrait donc parvenir à se mettre d'accord

sur une version proche du projet de loi initial.

Même si le débat a quelque chose d'absurde :

On a 7 personnes du Sénat, avec un texte qui a été voté.

Les 7 députés n'ont pas de mandat,

il n'y a jamais eu de vote à l'Assemblée nationale.

Ils vont faire quoi, la majorité présidentielle,

pour négocier l'article 2, par exemple, qui a été rejeté à l'Assemblée nationale ?

Ils n'ont pas de mandat.

Ils n'ont pas de mandat pour négocier l'article 7.

Ils n'ont pas de mandat pour négocier ce texte.

Jeudi matin, le texte de la CMP sera soumis au Sénat pour ratification

puis, l'après-midi, à l'Assemblée.

Officiellement, le gouvernement n'entend pas recourir à l'article 49-3

qui permet de faire adopter un texte sans vote

sauf si une motion de censure venait à le renverser,

ce qui n'est arrivé qu'une fois sous la Ve République, en 1962.

Dans le Journal du Dimanche,

Stéphane Séjourné, le patron de Renaissance, le parti présidentiel,

tient le même langage.

Et Gabriel Attal en a remis une couche, ce matin, sur France Inter.

On ne veut pas utiliser le 49-3.

On n'a pas envie, on ne se réveille pas le matin en se disant :

“Tiens on aimerait bien faire le 49-3”.

Et la deuxième chose, c'est qu'aujourd'hui on ne voit pas pourquoi il faudrait utiliser le 49-3.

Vous êtes confiant ?

Précisément parce que les LR du Sénat ont voté le texte.

Diable, le camp macroniste se montrerait-il beau joueur après avoir utilisé, au Sénat,

tous les artifices de la Constitution pour bâillonner l'opposition ?

Ce serait trop beau.

En réalité, le gouvernement redoute que l'agitation dans la rue se poursuive

si le projet de loi venait à être adopté sans que les députés se soient prononcés.

Quelle légitimité aurait alors ce texte ?

Sur la crise sociale viendrait se superposer une crise institutionnelle déjà présente.

Car le vote intervenu samedi soir au Sénat

est insuffisant pour conférer un semblant d'assentiment démocratique à la réforme.

Les sénateurs sont élus au suffrage indirect.

Et l'opinion est bien consciente que ce sont des artifices de procédure

qui ont permis ce résultat.

Vous avez, ensemble, gouvernement et majorité sénatoriale,

usé de toutes les procédures réglementaires et constitutionnelles possibles

et inimaginables pour accélérer les débats

en censurant l'opposition de la gauche sénatoriale.

Vous avez bloqué la démocratie.

Le blocage, c'est vous.

Le coup de force antidémocratique

avec le non vote de l'Assemblée nationale et le vote bloqué,

le vote forcé du Sénat,

rend illégitime cette réforme des retraites.

Quand 70 % des Français sont opposés à une réforme

et que la Constitution permet que celle-ci leur soit quand même imposée,

c'est que la Constitution est mauvaise.

Né en 1958, dans un contexte de guerre civile,

le texte fondateur de la Ve République est aujourd'hui à bout de souffle.

Il se révèle incapable de dénouer la dispute citoyenne,

faute de refléter les rapports de force qui partagent le pays.

Mais on ne peut changer de République en 15 jours.

Dans le Journal du dimanche, Laurent Berger fustige le 49-3.

Il y voit une forme de “vice démocratique”.

Surtout, le leader de la CFDT propose une solution :

“La détermination qui s'exprime dans la rue est en train de se transformer en colère.

Pour sortir de cette impasse, pourquoi ne pas demander aux citoyens

ce qu'ils pensent du passage de 62 à 64 ans à travers un référendum ?”

Il rejoint ainsi Philippe Martinez, qui la veille,

invitait le chef de l'État à “consulter le peuple”.

Il a l'air sûr de lui, qu'il consulte les Français.

C'est la démocratie.

Et Olivier Faure, ce dimanche :

La meilleure façon de conjurer cette fracture, c'est le référendum.

C'est de renvoyer l'ultime décision au peuple français.

Et là nous verrons, effectivement,

si Emmanuel Macron a été élu pour cette réforme

ou s'il ne l'a pas été.

Mais Emmanuel Macron n'y est pas prêt.

Car un référendum sur les retraites

aurait toutes les chances de se transformer en référendum sur sa personne.

Le président de la République ne veut pas prendre le risque

de voir la contestation sociale devenir politique.

Fût-ce par une voie pacifique et démocratique.

Le mouvement des gilets jaunes l'a définitivement traumatisé sur ce point.

Voilà pourquoi il se tient éloigné du débat.

Je laisse les sénateurs travailler

et les sénatrices travailler avec le gouvernement

et ensuite il se trouve que le Parlement suivra les termes de notre Constitution

pour qu'un texte législatif puisse aller à son terme.

Ni plus, ni moins.

Emmanuel Macron a donc opté pour une voie médiane.

Pas de référendum, mais pas de 49-3 non plus.

Quitte à prendre le risque d'être battu.

De toute façon, si le projet passe, ce sera sa victoire.

Et s'il est rejeté, ce sera la faute de la Première ministre.

D'ailleurs dans les allées du pouvoir,

on répète déjà que la Première ministre n'est pas à la hauteur.

Si elle échoue, il y a de fortes chances qu'elle connaisse le sort qu'Édith Cresson.

Première femme nommée à Matignon en 1991,

cette socialiste resta moins d'un an à son poste.

Mais les promesses n'engagent que ceux qui y croient.

Et l'on sait qu'avec ce gouvernement,

ce qui est vrai dimanche ne le sera pas forcément jeudi.

Souvent Véran varie.

Je vous laisse la digérer, celle-là…

Envisageons donc l'hypothèse d'un revirement du gouvernement sur le 49-3.

Bruno Retailleau y est favorable.

Je lui donne pour partie raison

puisqu'un 49-3 c'est une procédure qui est brutale,

c'est une procédure qui ajoutera de la tension.

Mais la démocratie, je suis désolé, la démocratie c'est la Constitution,

c'est l'application de la Constitution.

Et je dis à monsieur Berger…

Mais la politique c'est tenir compte de l'état d'un pays et d'une opinion.

Et je dis à monsieur Berger que la démocratie ce n'est pas le pouvoir de la rue.

Pourquoi le patron des sénateurs LR se montre-t-il aussi rigide ?

Parce que le 49-3 aurait le grand mérite de cacher les divisions de son parti.

Quand on regarde les résultats du vote de samedi soir au Sénat,

on constate que sur les 145 sénateurs Républicains,

6 ont voté contre le projet de loi et 18 se sont abstenus.

Ce qui n'est vraiment pas glorieux pour Bruno Retailleau.

Et du côté des centristes,

20 sénateurs sur 57 se sont prononcés contre le texte ou se sont abstenus.

À l'Assemblée, c'est près de la moitié du groupe LR

qui pourrait s'abstenir ou ne pas voter le projet de loi.

Un recours à l'article 49-3 permettrait de cacher la poussière sous le tapis.

Les comptages sont toujours cruels.

Les oppositions peuvent-elles se retrouver sur une motion de censure unique ?

À l'initiative du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires,

de discrètes négociations se sont engagées avec les frondeurs de LR et la Nupes.

Du côté du Rassemblement national,

on est partant pour toutes les motions de censure.

Il faudra peut-être se mettre d'accord avec toutes les oppositions

pour déposer la motion de censure peut-être la plus consensuelle possible.

Transpartisane ?

Moi je vais vous dire :

je n'ai aucune difficulté à ce que le Rassemblement national

vote des motions de censure qui ne viennent pas forcément de nos bancs.

Au RN, on caresse un rêve récurrent.

Celui d'une dissolution de l'Assemblée

qui permettrait aux lepénistes de revenir encore plus nombreux dans l'hémicycle.

Une motion de censure votée par une partie des LR, la Nupes et le RN

pourrait inciter le président de la République à renvoyer les députés devant les électeurs.

C'est du moins l'analyse que l'ont fait dans l'entourage de Marine Le Pen.

Quelle que soit l'issue de cette semaine cruciale,

elle laissera des traces indélébiles dans l'opinion.

Car celle-ci est maintenant convaincue que la réforme des retraites est une injustice.

En France, plus qu'ailleurs, c'est quelque chose qui ne se pardonne pas.

Le gouvernement parie sur le pourrissement de la mobilisation sociale.

Mais il semble qu'il tente également de pourrir les manifestations.

On en avait déjà eu un aperçu mardi 7 mars à Paris

avec des charges répétées des forces de l'ordre

contre des manifestants en train de se disperser place d'Italie.

Samedi, à Paris, la manifestation était une nouvelle fois précédée

par une nébuleuse d'éléments cherchant à en découdre avec la police.

Le scénario est connu.

On incendie une poubelle, on casse une vitrine.

Les forces de l'ordre interviennent et se font caillasser.

Les perturbateurs s'enfuient comme une volée de moineaux.

Mais le comportement des forces de l'ordre, loin de rétablir le calme,

a rajouté du désordre au désordre.

Pour le dire autrement, les black blocs ont servi de prétexte commode

à des unités de police pour casser du manifestant.

D'abord à Bastille où un cordon de CRS a longuement barré le passage au cortège syndical

en faisant monter la tension inutilement.

Avenue Daumesnil, ensuite.

Une compagnie d'intervention charge sans ménagement l'avant cortège.

Il ne s'agit pas d'interpeller des éléments violents,

mais bien de tabasser tout le monde.

Une punition collective.

À preuve ces individus laissés au sol, à moitié assommés.

S'ils ne sont pas embarqués,

c'est donc qu'il n'y avait pas de raison légitime de faire usage de la force.

Même les journalistes ont eu droit à leur ration.

C'est la presse ! C'est la presse !

“Ta gueule” répond ce sympathique fonctionnaire en braquant son LBD dans notre direction.

Enchanté, moi c'est Faubert.

Que dire encore de ce manifestant piétiné

avant d'être abandonné par la compagnie d'intervention qui se replie.

Quelques instants plus tard, c'est un énième feu de poubelle,

une centaine de mètres en amont du cortège,

qui sert d'alibi au matraquage en règle du premier rang de la manifestation.

La même compagnie d'intervention entreprend ensuite

de bloquer la progression du cortège syndical.

Mauvaise idée. La foule enfonce le cordon de police, soudain moins téméraire.

Quelques incidents mineurs émailleront encore la manifestation jusqu'à la dispersion,

place de la Nation.

Ce choix d'aller systématiquement au contact des éléments violents,

sans considération pour les autres manifestants, aggrave les situations.

Il se soldera tôt ou tard par un drame.

À croire que c'est ce que recherche le préfet Laurent Nuñez,

qui se montre en cela fidèle au déplorable préfet Lallement.

Merci d'avoir regardé cette chronique.

Si vous l'avez appréciée, partagez-la.

Un pouce vers le haut ne fait jamais de mal.

Et un abonnement à la chaîne vous comblera. Si, si…

Pour continuer, nous avons besoin de votre soutien financier.

C'est ici que ça se passe.

Nous n'avons d'autres ressources que vos dons.

Attention, petit changement dans l'agenda de la semaine.

Jeudi étant une journée où tout peut basculer,

le Bourbon de Serge sera exceptionnellement déplacé au vendredi.

N'ayez crainte, le Bourbon, c'est comme le pot-au-feu.

C'est meilleur le lendemain.

En revanche, jeudi soir, nous mettrons en ligne un short Youtube

pour réagir à chaud depuis l'Assemblée.

Donc je récapitule : à jeudi pour un short

et à vendredi pour un Bourbon, sinon rien.


Comment Macron bordélise la France et ses institutions Wie Macron Frankreich und seine Institutionen bordellisiert How Macron is bordellizing France and its institutions Hoe Macron Frankrijk en zijn instellingen aan het bordelen is Como Macron está a "bordelizar" a França e as suas instituições

On ne veut pas utiliser le 49-3. Wir wollen den 49-3 nicht anwenden.

Vous avez bloqué la démocratie.

Le blocage, c'est vous.

Qu'il consulte les Français. Er soll die Franzosen befragen.

La meilleure façon de conjurer cette fracture, c'est le référendum. Die beste Möglichkeit, diese Spaltung abzuwenden, ist ein Referendum.

La démocratie, ce n'est pas le pouvoir de la rue.

La crise sociale qui devient une crise politique, Die soziale Krise, die zu einer politischen Krise wird

le gouvernement qui recherche une légitimité parlementaire die Regierung, die nach parlamentarischer Legitimität strebt

et le comportement déjanté des forces de l'ordre dans les manifestations. und das verrückte Verhalten der Ordnungskräfte bei Demonstrationen.

C'est le sommaire de ce numéro 18 de Pol'Express. Dies ist das Inhaltsverzeichnis der Ausgabe 18 von Pol'Express.

La semaine qui s'ouvre s'annonce passionnante. Die kommende Woche verspricht spannend zu werden. This promises to be an exciting week.

Car tout peut arriver. Because anything can happen.

Le rejet par l'Assemblée du projet de loi sur les retraites, Die Ablehnung des Rentengesetzes durch die Versammlung,

le vote d'une motion de censure et la démission du gouvernement die Abstimmung eines Misstrauensantrags und den Rücktritt der Regierung

ou bien la victoire définitive des tenants du départ à 64 ans. oder der endgültige Sieg der Befürworter des Renteneintritts mit 64 Jahren. or the definitive victory of those in favor of a 64-year retirement age.

Samedi, les sénateurs ont voté aux forceps le projet de loi du gouvernement. Am Samstag stimmten die Senatoren mit großer Mehrheit für den Gesetzentwurf der Regierung. On Saturday, senators voted the government bill through by forceps.

C'est donc maintenant à une commission mixte paritaire, Es geht also jetzt an einen Gemischten Paritätischen Ausschuss, So now it's down to a joint committee,

7 députés, 7 sénateurs, qui va se prononcer.

Elle se réunira mercredi.

Sur les 14 parlementaires qui la composent,

5 sont acquis à l'exécutif et 4 à la droite. 5 went to the executive and 4 to the right.

La commission devrait donc parvenir à se mettre d'accord

sur une version proche du projet de loi initial.

Même si le débat a quelque chose d'absurde :

On a 7 personnes du Sénat, avec un texte qui a été voté. We have 7 people from the Senate, with a text that has been voted on.

Les 7 députés n'ont pas de mandat,

il n'y a jamais eu de vote à l'Assemblée nationale. there has never been a vote in the National Assembly.

Ils vont faire quoi, la majorité présidentielle, What are they going to do, the presidential majority?

pour négocier l'article 2, par exemple, qui a été rejeté à l'Assemblée nationale ?

Ils n'ont pas de mandat.

Ils n'ont pas de mandat pour négocier l'article 7.

Ils n'ont pas de mandat pour négocier ce texte.

Jeudi matin, le texte de la CMP sera soumis au Sénat pour ratification

puis, l'après-midi, à l'Assemblée.

Officiellement, le gouvernement n'entend pas recourir à l'article 49-3

qui permet de faire adopter un texte sans vote

sauf si une motion de censure venait à le renverser, unless a motion of censure overturns it,

ce qui n'est arrivé qu'une fois sous la Ve République, en 1962.

Dans le Journal du Dimanche,

Stéphane Séjourné, le patron de Renaissance, le parti présidentiel, Stéphane Séjourné, head of Renaissance, the presidential party,

tient le même langage.

Et Gabriel Attal en a remis une couche, ce matin, sur France Inter. And Gabriel Attal was at it again this morning on France Inter.

On ne veut pas utiliser le 49-3.

On n'a pas envie, on ne se réveille pas le matin en se disant :

“Tiens on aimerait bien faire le 49-3”. "We'd like to do the 49-3".

Et la deuxième chose, c'est qu'aujourd'hui on ne voit pas pourquoi il faudrait utiliser le 49-3.

Vous êtes confiant ?

Précisément parce que les LR du Sénat ont voté le texte.

Diable, le camp macroniste se montrerait-il beau joueur après avoir utilisé, au Sénat,

tous les artifices de la Constitution pour bâillonner l'opposition ?

Ce serait trop beau.

En réalité, le gouvernement redoute que l'agitation dans la rue se poursuive In reality, the government fears that the unrest in the streets will continue.

si le projet de loi venait à être adopté sans que les députés se soient prononcés.

Quelle légitimité aurait alors ce texte ?

Sur la crise sociale viendrait se superposer une crise institutionnelle déjà présente. The social crisis would be superimposed on an existing institutional crisis.

Car le vote intervenu samedi soir au Sénat Because the vote in the Senate on Saturday evening

est insuffisant pour conférer un semblant d'assentiment démocratique à la réforme.

Les sénateurs sont élus au suffrage indirect.

Et l'opinion est bien consciente que ce sont des artifices de procédure

qui ont permis ce résultat.

Vous avez, ensemble, gouvernement et majorité sénatoriale,

usé de toutes les procédures réglementaires et constitutionnelles possibles

et inimaginables pour accélérer les débats

en censurant l'opposition de la gauche sénatoriale.

Vous avez bloqué la démocratie.

Le blocage, c'est vous.

Le coup de force antidémocratique

avec le non vote de l'Assemblée nationale et le vote bloqué,

le vote forcé du Sénat,

rend illégitime cette réforme des retraites.

Quand 70 % des Français sont opposés à une réforme

et que la Constitution permet que celle-ci leur soit quand même imposée,

c'est que la Constitution est mauvaise.

Né en 1958, dans un contexte de guerre civile,

le texte fondateur de la Ve République est aujourd'hui à bout de souffle. the founding text of the Fifth Republic has run out of steam.

Il se révèle incapable de dénouer la dispute citoyenne,

faute de refléter les rapports de force qui partagent le pays.

Mais on ne peut changer de République en 15 jours.

Dans le Journal du dimanche, Laurent Berger fustige le 49-3.

Il y voit une forme de “vice démocratique”. He sees this as a form of "democratic vice".

Surtout, le leader de la CFDT propose une solution :

“La détermination qui s'exprime dans la rue est en train de se transformer en colère.

Pour sortir de cette impasse, pourquoi ne pas demander aux citoyens

ce qu'ils pensent du passage de 62 à 64 ans à travers un référendum ?” what they think about moving from 62 to 64 through a referendum?"

Il rejoint ainsi Philippe Martinez, qui la veille,

invitait le chef de l'État à “consulter le peuple”.

Il a l'air sûr de lui, qu'il consulte les Français. He seems so sure of himself that he's consulting the French.

C'est la démocratie.

Et Olivier Faure, ce dimanche :

La meilleure façon de conjurer cette fracture, c'est le référendum.

C'est de renvoyer l'ultime décision au peuple français.

Et là nous verrons, effectivement,

si Emmanuel Macron a été élu pour cette réforme

ou s'il ne l'a pas été.

Mais Emmanuel Macron n'y est pas prêt.

Car un référendum sur les retraites

aurait toutes les chances de se transformer en référendum sur sa personne.

Le président de la République ne veut pas prendre le risque

de voir la contestation sociale devenir politique.

Fût-ce par une voie pacifique et démocratique. If only by peaceful, democratic means.

Le mouvement des gilets jaunes l'a définitivement traumatisé sur ce point.

Voilà pourquoi il se tient éloigné du débat.

Je laisse les sénateurs travailler

et les sénatrices travailler avec le gouvernement

et ensuite il se trouve que le Parlement suivra les termes de notre Constitution

pour qu'un texte législatif puisse aller à son terme.

Ni plus, ni moins. No more, no less.

Emmanuel Macron a donc opté pour une voie médiane. Emmanuel Macron has therefore opted for a middle way.

Pas de référendum, mais pas de 49-3 non plus.

Quitte à prendre le risque d'être battu.

De toute façon, si le projet passe, ce sera sa victoire.

Et s'il est rejeté, ce sera la faute de la Première ministre.

D'ailleurs dans les allées du pouvoir,

on répète déjà que la Première ministre n'est pas à la hauteur. we're already hearing that the Prime Minister isn't up to the job.

Si elle échoue, il y a de fortes chances qu'elle connaisse le sort qu'Édith Cresson. If she fails, there's a good chance she'll suffer the same fate as Edith Cresson.

Première femme nommée à Matignon en 1991,

cette socialiste resta moins d'un an à son poste.

Mais les promesses n'engagent que ceux qui y croient. But promises are only binding on those who believe them.

Et l'on sait qu'avec ce gouvernement,

ce qui est vrai dimanche ne le sera pas forcément jeudi. what's true on Sunday won't necessarily be true on Thursday.

Souvent Véran varie. Véran often varies.

Je vous laisse la digérer, celle-là…

Envisageons donc l'hypothèse d'un revirement du gouvernement sur le 49-3.

Bruno Retailleau y est favorable. Bruno Retailleau is in favor.

Je lui donne pour partie raison I partly agree with him

puisqu'un 49-3 c'est une procédure qui est brutale, because a 49-3 is a brutal procedure,

c'est une procédure qui ajoutera de la tension.

Mais la démocratie, je suis désolé, la démocratie c'est la Constitution,

c'est l'application de la Constitution.

Et je dis à monsieur Berger…

Mais la politique c'est tenir compte de l'état d'un pays et d'une opinion. But politics is about taking into account the state of a country and opinion.

Et je dis à monsieur Berger que la démocratie ce n'est pas le pouvoir de la rue.

Pourquoi le patron des sénateurs LR se montre-t-il aussi rigide ? Why is the head of the LR senators so rigid?

Parce que le 49-3 aurait le grand mérite de cacher les divisions de son parti. Because the 49-3 would have the great merit of hiding his party's divisions.

Quand on regarde les résultats du vote de samedi soir au Sénat,

on constate que sur les 145 sénateurs Républicains,

6 ont voté contre le projet de loi et 18 se sont abstenus.

Ce qui n'est vraiment pas glorieux pour Bruno Retailleau.

Et du côté des centristes,

20 sénateurs sur 57 se sont prononcés contre le texte ou se sont abstenus. 20 senators out of 57 voted against the text or abstained.

À l'Assemblée, c'est près de la moitié du groupe LR In the French Assembly, nearly half of the LR group

qui pourrait s'abstenir ou ne pas voter le projet de loi. which could abstain or not vote for the bill.

Un recours à l'article 49-3 permettrait de cacher la poussière sous le tapis.

Les comptages sont toujours cruels. Counting is always cruel.

Les oppositions peuvent-elles se retrouver sur une motion de censure unique ? Can the oppositions agree on a single motion of censure?

À l'initiative du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires, On the initiative of the Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires group,

de discrètes négociations se sont engagées avec les frondeurs de LR et la Nupes.

Du côté du Rassemblement national, On the Rassemblement National side,

on est partant pour toutes les motions de censure. we're up for all the motions of censure.

Il faudra peut-être se mettre d'accord avec toutes les oppositions

pour déposer la motion de censure peut-être la plus consensuelle possible. to table perhaps the most consensual motion of censure possible.

Transpartisane ? Transparent?

Moi je vais vous dire :

je n'ai aucune difficulté à ce que le Rassemblement national

vote des motions de censure qui ne viennent pas forcément de nos bancs. vote on motions of censure that don't necessarily come from our benches.

Au RN, on caresse un rêve récurrent. The RN has a recurring dream.

Celui d'une dissolution de l'Assemblée

qui permettrait aux lepénistes de revenir encore plus nombreux dans l'hémicycle.

Une motion de censure votée par une partie des LR, la Nupes et le RN

pourrait inciter le président de la République à renvoyer les députés devant les électeurs.

C'est du moins l'analyse que l'ont fait dans l'entourage de Marine Le Pen.

Quelle que soit l'issue de cette semaine cruciale,

elle laissera des traces indélébiles dans l'opinion.

Car celle-ci est maintenant convaincue que la réforme des retraites est une injustice. Because she is now convinced that the pension reform is an injustice.

En France, plus qu'ailleurs, c'est quelque chose qui ne se pardonne pas. In France, more than anywhere else, this is something that cannot be forgiven.

Le gouvernement parie sur le pourrissement de la mobilisation sociale. The government is betting on the social mobilization going sour.

Mais il semble qu'il tente également de pourrir les manifestations. But it also seems to be trying to spoil the demonstrations.

On en avait déjà eu un aperçu mardi 7 mars à Paris We already had a glimpse of it on Tuesday, March 7 in Paris.

avec des charges répétées des forces de l'ordre with repeated charges from the forces of law and order

contre des manifestants en train de se disperser place d'Italie.

Samedi, à Paris, la manifestation était une nouvelle fois précédée

par une nébuleuse d'éléments cherchant à en découdre avec la police. by a nebulous group of elements looking to do battle with the police.

Le scénario est connu.

On incendie une poubelle, on casse une vitrine.

Les forces de l'ordre interviennent et se font caillasser.

Les perturbateurs s'enfuient comme une volée de moineaux. The troublemakers flee like a flock of sparrows.

Mais le comportement des forces de l'ordre, loin de rétablir le calme,

a rajouté du désordre au désordre. has added disorder to disorder.

Pour le dire autrement, les black blocs ont servi de prétexte commode To put it another way, the black blocs served as a convenient pretext

à des unités de police pour casser du manifestant. police units to break up demonstrators.

D'abord à Bastille où un cordon de CRS a longuement barré le passage au cortège syndical First at Bastille, where a long cordon of CRS blocked the way of the union procession.

en faisant monter la tension inutilement. unnecessarily raising the tension.

Avenue Daumesnil, ensuite.

Une compagnie d'intervention charge sans ménagement l'avant cortège. An intervention company ruthlessly charges the front of the procession.

Il ne s'agit pas d'interpeller des éléments violents,

mais bien de tabasser tout le monde. but to beat the shit out of everyone.

Une punition collective.

À preuve ces individus laissés au sol, à moitié assommés. Proof of this are the individuals left on the ground, half knocked out.

S'ils ne sont pas embarqués,

c'est donc qu'il n'y avait pas de raison légitime de faire usage de la force.

Même les journalistes ont eu droit à leur ration.

C'est la presse ! C'est la presse !

“Ta gueule” répond ce sympathique fonctionnaire en braquant son LBD dans notre direction. "Shut up!" replies this friendly civil servant, pointing his LBD in our direction.

Enchanté, moi c'est Faubert.

Que dire encore de ce manifestant piétiné What more can be said about this trampled demonstrator

avant d'être abandonné par la compagnie d'intervention qui se replie. before being abandoned by the intervention company, which withdrew.

Quelques instants plus tard, c'est un énième feu de poubelle, Moments later, yet another trash can fire,

une centaine de mètres en amont du cortège, a hundred metres upstream of the procession,

qui sert d'alibi au matraquage en règle du premier rang de la manifestation. which serves as an alibi for the full-scale bludgeoning of the front row of the demonstration.

La même compagnie d'intervention entreprend ensuite

de bloquer la progression du cortège syndical.

Mauvaise idée. La foule enfonce le cordon de police, soudain moins téméraire. A bad idea. The crowd broke through the police cordon, suddenly less reckless.

Quelques incidents mineurs émailleront encore la manifestation jusqu'à la dispersion, A few minor incidents punctuated the demonstration until it dispersed,

place de la Nation.

Ce choix d'aller systématiquement au contact des éléments violents, This choice to systematically go into contact with violent elements,

sans considération pour les autres manifestants, aggrave les situations.

Il se soldera tôt ou tard par un drame. Sooner or later, it will end in tragedy.

À croire que c'est ce que recherche le préfet Laurent Nuñez, This seems to be what Prefect Laurent Nuñez is looking for,

qui se montre en cela fidèle au déplorable préfet Lallement. who is faithful to the deplorable Prefect Lallement.

Merci d'avoir regardé cette chronique.

Si vous l'avez appréciée, partagez-la.

Un pouce vers le haut ne fait jamais de mal.

Et un abonnement à la chaîne vous comblera. Si, si… And a subscription to the channel will do you a world of good. Yes, yes...

Pour continuer, nous avons besoin de votre soutien financier.

C'est ici que ça se passe.

Nous n'avons d'autres ressources que vos dons.

Attention, petit changement dans l'agenda de la semaine. Please note a small change in this week's agenda.

Jeudi étant une journée où tout peut basculer,

le Bourbon de Serge sera exceptionnellement déplacé au vendredi. Serge's Bourbon will exceptionally be moved to Friday.

N'ayez crainte, le Bourbon, c'est comme le pot-au-feu. Don't worry, Bourbon is like pot-au-feu.

C'est meilleur le lendemain.

En revanche, jeudi soir, nous mettrons en ligne un short Youtube

pour réagir à chaud depuis l'Assemblée. to react on the spot from the Assembly.

Donc je récapitule : à jeudi pour un short

et à vendredi pour un Bourbon, sinon rien. and see you on Friday for a Bourbon, or nothing.