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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – Okunacak Metin

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 19 - La mouffette

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Chapitre 19 - La mouffette

Chapitre 19

La mouffette

Dans le terrain de stationnement aux Rochers Hope-well, on retrouve des voitures de partout en Amérique du Nord, mais surtout du Québec, observe Benoît. Du coup, il réalise qu'il ne s'ennuie plus de sa province natale depuis qu'il a rencontré les Acmaq.

À l'entrée du site naturel touristique, Benoît et sa grand-tante payent chacun son billet et ils échangent un sourire de connivence, puisqu'ils n'achètent pas de billets pour les quatre petites personnes dans leurs sacs. Les protecteurs refusent le service de navette offert aux visiteurs. Avec leur précieuse cargaison sur le dos, ils n'osent pas s'assoir parmi les autres touristes.

Sur le sentier qui mène aux rochers, il y a seulement un visiteur. Il est accompagné d'un chien qui devient excité à l'approche de Madouesse et Benoît. Le fox-terrier flaire le sac de Benoît, puis se met à japper en sautant près de lui. L'homme tire sur la laisse du chien pour le retenir, mais voilà qu'un autre chien file vers eux. Le beagle est plus grand et il n'a pas de laisse.

— Sortons du sentier ! lance Madouesse.

Ils bifurquent et se faufilent vivement entre les épinettes, cassant bruyamment des brindilles sur leur passage. Atteignant un autre sentier parallèle au premier, Madouesse hèle une navette. Au moment où le beagle arrive à leurs trousses, ils montent à bord du véhicule, échappant au chien de justesse. Secouée, Madouesse ne s'aperçoit pas qu'un coin du rabat de son sac est relevé, exposant les cheveux de Lili. Discrètement, Benoît allonge le bras et baisse le rabat. Malheureusement, une fillette a tout vu.

–Est-ce que je peux voir votre poupée ? demande-t-elle à Madouesse.

— Une femme de mon âge n'a pas de poupée, rétorque Madouesse.

— Vous en avez une dans votre sac, insiste la fillette.

— Chérie, la madame n'a pas de poupée, dit sa mère, gênée.

— Je l'ai vue, Maman !

— Calme-toi. Il ne faut plus déranger la madame.

La fillette se tait, mais elle garde un oeil sur le sac de Madouesse. Près de la falaise, Benoît et sa grand-tante descendent de la navette pour se rendre au belvédère où il n'y a pas de touristes. Devant la vue spectaculaire des Rochers, les protecteurs se tournent le dos, afin que les Acmaq puissent bien épier le paysage.

— Regardez, chuchote Madouesse.

Les Acmaq soulèvent un tout petit peu le rabat de chaque sac à dos.

— On doit descendre sur la grève, dit Lili.

Madouesse et Benoît font la queue derrière les touristes qui se dirigent vers l'escalier menant à la grève. Benoît suit sa grand-tante dans l'escalier grouillant de gens. Sur la grève, Lili dit tout bas, « Prenez à droite. »

Les protecteurs marchent sur la grève pour s'éloigner des touristes accaparés d'appareils photo, d'enfants excités et de chiens curieux qui, heureusement, se tiennent tous près des rochers rongés par les plus hautes marées au monde, celles de la baie de Fundy. À la berge boueuse et cahoteuse de la baie, de minuscules mains haussent légèrement le rabat des sacs. Benoît, Vital et Simon admirent les gros rochers coiffés d'herbe et de conifères.

— Toi aussi t'as des poupées dans ton sac à dos. Je veux voir !

Benoît fige, reconnaissant la voix de la fillette croisée dans la navette.

— Elle nous a vus, chuchote Vital à Benoît. Elle ne te laissera point tranquille. Ouvre ton sac, on est prêts.

Benoît se retourne et avec réticence, pose son sac par terre devant la fillette.

Lorsqu'il ouvre le rabat, les Acmaq sont immobiles comme des sculptures de bois.

La fillette retrousse son nez et regarde Benoît avec pitié.

— Tes poupées sont pas belles avec leurs vieux habits bruns. Merci, quand même.

La fillette court rejoindre sa mère.

Benoît regarde les Acmaq.

— Vous n'avez même pas cligné des yeux ! De vraies statues !

— Elle nous a trouvés laids, dit Vital en pouffant de rire.

— Pis nos hardes brunes itou, renchérit Simon en riant.

Benoît est ravi de rire avec eux. Il a l'impression qu'ils vont devenir de bons amis, même s'ils sont extrêmement petits et bien plus vieux que lui.

Du coin de l'oeil, il voit sa grand-tante plus loin sur la grève, préoccupée à épier les crevasses dans la falaise.

— Faut courir rattraper les autres. Ça va brasser dans le sac ! avertit Benoît.

En courant, il entend Vital et Simon bondir et rire dans son sac.

Emboîtant le pas avec Madouesse, Benoît entend la voix assourdie de Lili.

— On doit écornifler l'autre bord du cap.

En contournant le cap, il y a seulement trois touristes : un couple d'amoureux qui font des selfies et un homme qui filme les oiseaux survolant la plage. Les protecteurs continuent plus loin.

Prudemment, les Acmaq soulèvent les rabats d'un centimètre.

— Ah, Gui. Nous sommes sur la plage des Demoiselles. C'est près de l'ancien logis du protecteur de, de…

— Qu'est-ce qu'il y a chérie ?

Lili frémit.

— Ce qui nous attend est dans un trou au fond de cette caverne, prévient-elle, en montrant du doigt une des cavernes étroites rongées par les marées fortes.

— Allons-y, dit Gui.

— Ohé ! crie l'homme qui filmait les oiseaux.

— Il nous filme ! avertit Benoît.

Les Acmaq baissent les rabats.

L'homme vise son téléphone vers une volée d'oiseaux.

— Il n'a rien vu, dit Madouesse. Mais faut se méfier de lui.

À l'entrée de la petite caverne, les protecteurs ne voient que la noirceur. Ils aident les Acmaq à sortir du sac.

— Simon, tu vas rester à l'entrée pour guetter le « filmeux », commande Gui.

— Regardez là-haut dans le fond, dans la paroi au-dessus de la saillie, dit Lili.

— C'est le trou comme dans notre rêve, déclare Gui.

— Oh, Gui. Faut être très prudent.

Benoît et Madouesse ne voient rien, n'étant pas nyctalopes comme les Acmaq.

— Déposez-nous par terre Madeleine, ordonne Gui.

— La chose nous attend là-dedans, confirme Lili.

— Cachez-vous ! Le« filmeux » s'en vient, avertit Simon.

L'homme s'avance vers la caverne, en filmant. Les Acmaq se cachent et les protecteurs sortent affronter l'homme curieux et achalant.

— Fichez-nous la paix, gronde Madouesse, les mains sur les hanches.

— Mais voyons, Madame ! J'ai le droit d'entrer. La plage est un endroit public.

— Vous n'avez pas le droit de nous filmer, dit fermement Benoît.

— Ah bon. À voir vos réactions, vous devez cacher quelque chose d'intéressant. Un trésor, peut-être ?

Madouesse se hérisse comme un porc-épic et se prépare à lancer des mots piquants, lorsqu'un animal surgit derrière elle. Une mouffette ! La bête puante se rue vers le vidéographe qu'elle arrose abondamment. Elle termine avec des jets d'urine sur son téléphone.

Insensé et bien arrosé, l'homme déguerpit en hurlant des injures. La mouffette se tourne vers les deux protecteurs qui marchent à reculons de peur de se faire arroser. Ils entendent les Acmaq s'éclater de rire dans l'entrée de la caverne.

— Ouais, ma Lili lui a baillé ! hurle Gui.

Madouesse et Benoît se regardent, puis comprennent en même temps que la redoutable mouffette n'est nulle autre que l'aimable Lili. Ils pouffent de rire à leur tour.

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