28a. Le bonheur est une question de choix. Sandra Meunier.
J'ai appris une nouvelle incroyable il y a peu de temps.
Une étude très sérieuse a démontré qu'on est champions du monde. Non mais vous vous rendez compte ? On est champions du monde ! Enfin la France est championne du monde.... de pessimisme ! (Rire) La France qui est sûrement le pays avec le plus d'avantages sociaux, a en même temps les gens les plus tristes.
C'est fou ça. Non ? C'est de ça dont je suis venue vous parler aujourd'hui. On parle souvent d'inégalités sociales, et moi j'ai envie de vous parler d'inégalité de la joie. Je suis art-thérapeute, et j'interviens dans les services de soins palliatifs et de cancérologie pour adultes depuis douze ans.
J'accompagne les personnes gravement malades et en fin de vie ; et je tente de les apaiser. De leur donner de la joie. Quand j'y vais, je suis une « neztoile ». C'est-à-dire un personnage fantastique, formé à la relation d'aide. Je souffle le désir de vie, et je réveille la joie. Les patients ont des ressources incroyables.
Ils m'ont tout appris. On croit qu'on les accompagne, mais en fait, ce sont eux qui font tout le travail. Ils m'ont appris de tels enseignements, de telles vérités, que j'ai envie de vous les transmettre joyeusement. On n'est pas du tout à égalité dans nos ressources de vie et de joie, face à la maladie et la mort.
Il y aurait une nature d'homme avec des ressources de joie, et une autre nature d'homme qui n'aurait pas de ressources de joie. Comme ceux qui voient le verre à moitié vide et ceux qui le voient à moitié plein. Je pense à cet homme qui souffre d'un cancer du rectum en phase avancée.
Il est allongé sur son lit d'hôpital, et ce qui est incroyable, c'est qu'il pleure. Mais il pleure, non de tristesse, mais de joie ! Il ne cesse de répéter : « Oh, ce que je suis heureux.
Le bonheur c'est simple, c'est la joie. » Avec la famille, oui, on s'est pris tous la main, et on l'entoure, et lui il ne cesse de répéter : « Oh ! Ce que je suis heureux. Non mais ce sont des larmes de joie. Je suis très heureux, vous êtes tous là à mes côtés ! Non mais vous vous rendez compte.
En fait, au lieu de se plaindre, il est dans le contentement. Pour intensifier d'avantage sa joie, je lui demande ses plus beaux souvenirs. Et lui il chante et il rit. Rien ne l'arrête. Son corps est allongé, mais c'est tout son Être qui se tient debout. Sa femme me dit un peu plus tard dans le couloir combien toute sa vie il a toujours été dans la joie.
C'est un être de joie. Il transforme toujours tout en positif. Vous vous rendez compte. Il a tenu sa joie jusqu'à sa fin de vie. Est-ce que je pourrais faire de la sorte pour ma fin de vie ? Est-ce que j'ai les ressources ? Et vous ? Bon, c'est sûr que c'est un cas rare, ce patient de la joie qui rit autant.
J'en (Je n'en) rencontre pas beaucoup. Par contre j'en accompagne souvent qui éprouvent de grandes joies dans la traversée de leur maladie même jusqu'à la fin de vie. Comment ? Vous allez me dire. En se concentrant avant tout sur ce qui est essentiel en eux. Sur une joie intime. Intrinsèque. Un état d'être plus grand que le corps. Si on arrive à faire sentir à une personne qui souffre qu'elle est bien plus grande que son corps, on a marqué un bon point vers sa joie.
Je pense à cette personne recroquevillée en fœtus que je vais voir en cancérologie dans sa chambre d'hôpital. Il se lamente. Il me dit : « Mais pourquoi moi ? Pourquoi j'ai ce cancer ? J'ai toujours été gentil. » Alors je lui propose une phrase ressource pour l'aider dans toute sa traversée de la maladie. Il me répond : « Je ne mérite pas cette maladie. Alors je l'invite à se remémorer tous les plus beaux souvenirs de sa vie.
Et il me raconte. Il me raconte la nature. Il me parle de la mer, de la montagne. Il me parle de sa Croatie chérie et des gens, il adore les gens. Après l'évocation du bonheur, sa phrase se transforme. Il dit : « Je suis plus que la maladie. À la fin de ma visite, il dit : « Ah non.
J'ai mieux. Mon cœur est bien plus grand que la maladie. » Il me tend ses bras, on s'embrasse. Mais vous vous rendez compte ? Son point de vue sur ce qu'il traverse a changé grâce à l'évocation du bonheur. De victime, il est passé à créateur. Intéressant, non ?