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Le Ciné-Club de M.Bobine, Platoon d'Oliver Stone, l'analyse de M. Bobine (3)

Platoon d'Oliver Stone, l'analyse de M. Bobine (3)

le fils aîné de l'inoubliable capitaine Willard d'Apocalypse Now, Martin Sheen.

Après avoir considéré un temps John Cusack et Keanu Reeves,

il s'est finalement rabattu sur le petit frère d'Estevez, Charlie Sheen.

Ce dernier avait la particularité de lui rappeler Montgomery Clift

dans Une place au soleil de George Stevens,

mais aussi et surtout … lui-même.

“Il y avait une perplexité au fond de ses yeux

qui me rappelait mon propre regard, quand j'étais jeune soldat au Viêt Nam”.

La première scène du film nous apprend que Chris Taylor débarque au Viêt Nam en septembre 1967,

soit le même mois qu'Oliver Stone,

pour rejoindre comme lui la Bravo Company de la 25e division d'infanterie,

stationnée près de la frontière cambodgienne.

Tous deux sont des fils de bonne famille qui ont lâché la fac

et se sont engagés pour les mêmes raisons.

Une décision qui a été très mal acceptée par leurs parents.

On notera que la grand-mère maternelle d'Oliver Stone,

qui le considérait comme son petit-fils préféré,

est décédée en 1976 alors qu'il était en train de rédiger la première version de Platoon.

Dans le film, Chris Taylor suit très exactement le même parcours que Stone,

préférant vite la compagnie de ceux qu'on appelle les heads,

les fumeurs d'herbe, majoritairement afro-américains et anti-système.

Par opposition aux straights plus réactionnaires et, pour certains, ouvertement racistes.

Lors des missions de “recherche et destruction”, tout ce beau monde s'entremêle,

ressentant la même frustration face à un ennemi souvent invisible

et la même animosité vis-à-vis de la population locale

qu'ils soupçonnent de soutenir la logistique de l'ennemi.

À ce titre, dans la scène-pivot du village,

Stone va recréer à l'écran des actions dont il a été lui-même témoin,

et parfois même acteur, à l'époque.

Je vous propose un petit comparatif texte-images

pour apprécier à quel point il a essayé de coller aux faits.

“Quand un vieux paysan entêté se mit à me crier dessus d'un ton accusateur,

je pétais les plombs.

Je tirai à plusieurs reprises à ses pieds en lui hurlant :

“Ferme ta et danse pour moi, sale !

Ferme ta de !”

J'avais envie de le tuer.

J'aurais pu le faire sans avoir à en supporter les conséquences.

Nous étions éclatés en plusieurs petites unités,

je n'avais avec moi que deux ou trois hommes, pas un sergent en vue.

Les autres soldats étaient occupés à fouiller le reste du village.

Mais je ne l'ai pas tué.

Je le dois au dernier fil d'humanité qui subsistait en moi

et qui, malgré la peur et la pression, ne rompit pas”.

“Un autre fois, un abruti de 18 ans appartenant à notre groupe

se vanta d'avoir tué quelqu'un.

Il aurait défoncé le crâne d'une vieille à coups de crosse de M16”.

Un peu plus tard dans le film, Chris Taylor se transforme à son tour en tueur.

Pour cette scène, le cinéaste s'est de nouveau inspiré de sa propre expérience,

que ce soit au niveau du contexte ou de la réaction du personnage,

partagée entre surprise et fierté,

sans la moindre considération sur l'instant pour la vie qu'il vient d'ôter.

Stone sera récompensé d'une Bronze Star pour cet “acte de bravoure”.

Et, comme Chris, il sera blessé deux reprises au combat, dont une fois à la gorge.

La date mentionnée en voix-off dans cette scène,

qui précède celle du village aux conséquences funestes,

n'a pas été choisie par hasard par Oliver Stone.

Le 1er janvier 1968,

son peloton, ainsi que plusieurs autres unités de la 25ème division d'infanterie,

a subi une attaque surprise menée en pleine nuit par l'armée nord-vietnamienne.

La bataille qui clôt Platoon est une reconstitution

extrêmement fidèle de cet événement,

dont Stone garde le souvenir d'un “feu d'artifice nocturne,

d'une beauté aussi stupéfiante qu'étrange”.

Dans les jours suivants,

il aura la lourde tâche d'alimenter avec les corps des ennemis carbonisés par le napalm

de gigantesques charniers creusés sur place.

Les mêmes que l'on peut voir dans les dernières minutes du film.

dans son autiobiographie,

Stone écrivait que haque personnage, blanc ou noir, s'inspirait d'une personne bien précise

qu'il avais connue sur le front.

Il s'épanche particulièrement sur les deux sergents de peloton

qui ont inspiré les personnages de Barnes et Elias,

respectivement interprétés par Tom Berenger et Willem Dafoe.

Stone a servi sous les ordres du premier au sein de la 1e division de cavalerie.

En tant qu'opérateur radio, il l'a suivi comme son ombre sur terrain pendant de longs mois.

Ce soldat accompli, craint autant qu'adulé par ses hommes,

en était déjà à son deuxième ou troisième tour of duty au Viêt Nam.

il arborait sur l'un des moitié du visage une impressionnante cicatrice

allant du front jusqu'à la mâchoire.

Le cinéaste a fréquenté le second pendant le cours laps de temps

où il a été affecté à la Long-Range Reconnaissance Patrol

(ou Lurp pour faire plus court).

À l'écriture du scénario, il a décidé de garder son nom pour lui rendre hommage.

Juan Angel Elias était un indien apache de l'Arizona

avec de toute évidence un peu de sang mexicain.

Il adorait la marijuana mais aussi patrouiller dans la jungle.

C'est au cours d'une de ces missions de reconnaissance qu'il a été tué,

quelques semaines après que Stone ait quitté les LURPS pour “problème de comportement”.

Le futur cinéaste a tenté de mener l'enquête pour comprendre les circonstances de sa mort.

En vain.

Sa conclusion personnelle est que son frère d'armes a été victime d'un “tir ami”,

comme à peu près 15% des soldats américains tués au combat

Plus tard, Stone a cherché pendant deux ans un acteur amérindien aux allures hispaniques

pour endosser le rôle.

Faute de candidat, il a fixé son choix sur Willem Dafoe,

qui venait de s'illustrer en méchant charismatique

dans Police fédérale, Los Angeles.

Après la sortie du film,

le réalisateur recevra la visite de la fille du vrai sergent Elias qui,

18 ans après,

attendait toujours de connaître la vérité sur le sort de son père.

Mais tout inspirés de figures réelles qu'ils soient,

il faut quand même bien prendre soin de noter

que les sergents Barnes et Elias du film restent des personnages ouvertement fictifs.

Leurs modèles ne sont jamais rencontrés au Viêt Nam

et leur seul point commun est d'avoir croisé la route, à différents moments,

du jeune William Oliver Stone.

Le vrai Barnes n'a (à priori) jamais flingué de pauvre villageoise devant tout son peloton.

Et il y a peu de chances que Juan Angel Elias ait été éliminé

pour avoir voulu dénoncer les crimes de guerre d'un camarade.

Pour Stone, rester bloqué sur les faits et rien que les faits

n'était pas la meilleure des façons d'aborder Platoon.

Car les sentiments qui dominent sur le front, c'est l'ennui et la lassitude,

et ça il en sait quelque chose.

De façon générale, il n'a jamais été très fan de l'approche néoréaliste et anti-héroïque

qui était celle par exemple de certains films du Nouvel Hollywood.

“De mon point de vue, le cinéma était un art orienté vers l'action,

le spectacle, la résonance et, par-dessus tout,

l'idée que la vie avait une signification.

Que même l'échec en avait une”.

L'idée que les sergents Barnes et Elias aient pu se rencontrer

puis s'affronter jusqu'à la mort,

voilà ce qui a enflammé l'imagination d'Oliver Stone en 1976,

et déclenché aussitôt des envies d'écriture.

Ce duel entre deux figures diamétralement opposées

lui permettait en effet de sortir de la simple retranscription

de son quotidien de troufion

pour évoquer quelque chose de plus large. De beaucoup beaucoup plus large.

Un des éléments de Platoon qui a beaucoup marqué l'inconscient collectif

depuis sa sortie il y a 35 ans,

c'est cette affiche montrant Willem Dafoe dans une posture assez évocatrice,

que certains n'auront pas hésité à qualifier de “christique”.

Difficile de leur donner tort en découvrant la scène en question

qui enfonce bien le clou, si je puis dire,

avec cette longue agonie au son de l'adagio pour cordes de Barber.

Le tout comme par hasard devant une vieille église française

censée dater de l'Indochine

qui a été construite spécifiquement pour les besoins du film.

Avant cette mort violente et sacrificielle,

on notera que le sergent Elias était déjà montré avec les bras en croix

dès sa première apparition dans le film.

Le bandana qu'il arbore en permanence à la place du casque réglementaire

n'est pas sans évoquer la couronne d'épines de la Crucification.

Enfin, le personne est principalement caractérisé

par sa compassion pour les plus faibles

et un petit côté mystique.

Mais bon, si vous avez encore besoin de preuves, il y a ça.

Ou ça.

Bref, il n'y avait pas vraiment de quoi s'étonner

que Martin Scorsese choisisse Willem Dafoe l'année suivante

pour jouer le rôle principal de La dernière tentation du Christ.

N'empêche, je tenterais bien perso une autre analogie, disons, “antique”.

Pendant ses études à la New York University, après son retour de la guerre,

Stone s'est pris de passion pour la mythologie grecque.

Un intérêt qui ne l'a jamais quitté

comme le prouve la myriade de références qui constellent son autobiographie.

Avec une prédilection certaine pour le mythe d'Ulysse

Il faut dire que le cinéaste a de quoi s'identifier au personnage.

Tous deux partagent le même goût de l'aventure,

la même volonté d'explorer le monde extérieur aussi bien que le monde intérieur.

En quittant le confort de sa vie d'étudiant bien né

pour partir faire la guerre à l'autre bout du monde,

le jeune Oliver Stone reproduit très exactement le parcours du héros grec

tel qu'Homère le raconte dans L'Iliade.

C'est aussi celui qu'il va faire suivre à son alter ego dans Platoon, Chris Taylor.

Partant de là, il me semble assez logique de voir dans les sergents Barnes et Elias

des incarnations modernes des deux figures les plus importantes de la Guerre de Troie :

Achille, le guerrier increvable

et Hector, le noble prince troyen condamné à périr de la main vengeresse de son ennemi.

La mythologie grecque regorge de personnages punis par les dieux

parce qu'ils ont fait preuve d'une trop grande arrogance :

Tantale, Minos, Icare, Arachné, Agamemnon, etc.

Ulysse, pourtant réputé pour son intelligence et sa tempérance,

succombe aussi à l'occasion à cette faute que les aèdes nomment Húbris.

Tout le monde ou presque s'accorde pour dire que c'est ce péché d'orgueil

qui est en grande partie responsable de la défaite américaine au Viêt Nam.

Quand l'offensive surprise du Tết, en janvier 1968,

a révélé combien la capacité de l'ennemi avait été sous-estimée,

les avis se sont violemment polarisés aux États-Unis sur la suite à donner au conflit.

Tandis que les uns réclamaient une intensification de l'effort de guerre,

Les autres prônaient un retrait pur et simple des troupes américaines

pour laisser le vietnamiens décider de leur sort.

Le tout sur fond d'assassinats politiques,

de lutte pour les droits civiques et de manifestations réprimées dans le sang.

Cette profonde division, telle que le pays n'en avait pas connue depuis la guerre de Sécession

est symbolisée de façon assez limpide dans Platoon,

par l'affrontement à couteaux tirés entre les sergents Barnes et Elias.

Le premier belliqueux, intraitable, voyant des ennemis partout.

Le second, plus humaniste

et tout à fait conscient que les États-Unis se sont engagés dans une impasse.

Un affrontement qu'Oliver Stone prend bien soin, justement,

de faire débuter le premier jour de cette année de bascule 1968.

Entre les deux camps, Chris Taylor, tout comme Oliver Stone, à vite fait son choix.

Si l'on considère Barnes et Elias comme des émanations de la psyché américaine,

alors quand le premier tue le second,

il fait bien plus qu'éliminer celui qui voulait l'envoyer devant la cour martiale.

Il détruit plus symboliquement, “tout ce qu'il restait de bon dans notre pays”.

Ne reste plus alors que le déshonneur, la corruption

et ce qu'Oliver Stone appelle le “Mensonge” avec un M majuscule.

Celui qui a consisté à nier la réalité des massacres de civils,

des “tirs amis” et du fragging.

Ou encore à tenter de faire passer pour une victoire

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