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Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Lege… – Текст для чтения

Acmaq.1 La secret de la vieille Madouesse-Diane Carmel Leger, Chapitre 22 - Le don de Zoé

Урок французского для практики чтения

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Chapitre 22 - Le don de Zoé

Chapitre 22

Le don de Zoé

— Votre fille s'appelle Zoé ? devine Benoît.

— Tu connais ma fille ?

— Elle est dans ma classe.

— Ça adonne bien !

En entrant dans la vieille maisonnette, la senteur de bois de scie domine dans la première pièce. Il n'y a pas de meubles. Le vieux plancher de linoléum est à moitié décollé. Par terre, derrière un mur de caisses de déménagement, on aperçoit un matelas, un tas de couvertures pêle-mêle, une lampe dépeinte sans abat-jour et une pile de journaux froissés. Benoît et Serge suivent Luc jusqu'à la deuxième pièce.

Pauvre Zoé. Elle vit dans ce dégât.

La cuisine est un véritable chantier avec des outils, des clous et des planches partout. Les murs en plâtre jauni sont fissurés. Les portes des vieilles armoires ont été enlevées, exposant quelques assiettes, tasses et verres. D'anciennes jarres, une cafetière démodée et une citerne d'eau occupent le comptoir.

Des souricières sont dissimulées sur le plancher en bas des armoires et le long des murs. La table et les quatre chaises aux différents styles sont égratignées et dépeintes. Le poêle à bois dégage trop de chaleur.

— Ouais, il fait chaud dans la cabane ! dit Luc en ouvrant une fenêtre. Je me prépare à enfourner du bon pain brun comme faisait ma grand-mère ! Ça va être bon à manger avec nos bines ! Assoyez-vous !

Luc parle trop fort.

À table avec Serge, Benoît entend Zoé descendre l'escalier de l'étage.

— Hé Zozo, un de tes copains de classe est icitte !

Zoé s'arrête sur une marche.

— Viens voir Benoît et son père !

Zoé continue lentement et elle s'arrête au seuil de la porte de cuisine. Luc la présente, mais elle semble trop gênée pour dire bonjour.

— Ça adonne que Serge était aussi mon copain de classe. Les jeunes, prenez du jus de pommes, offre le père de Zoé en déposant une brassée de bois à côté du poêle.

Les joues roses, Zoé ouvre le vieux réfrigérateur et sort une cruche de jus de pomme biologique. En dépit de l'ampoule faible du réfrigérateur, Benoît voit qu'il contient seulement un carton de lait, un bocal de beurre d'arachide, et du fromage.

Même si le jus brunâtre ne lui paraît pas appétissant, Benoît le sirote et le trouve si délicieux qu'il boit le reste tout d'un trait. Puis, à son grand embarras, il ne peut empêcher un grand rôt.

— Le jus doit être très bon, taquine Serge qui rit de bon coeur. Cela détend un peu Benoît et Zoé.

Préoccupé au poêle, Luc ne semble pas avoir entendu.

— Zozo, emmène Benoît voir tes belles peintures !

Benoît regarde son père qui hoche la tête en accord. Benoît suit Zoé avec réticence. Il entend Luc parler à Serge.

— Veux-tu une bière, Serge ? demande Luc.

— Non, merci. Mais si tu as du café, j'en prendrais.

— J'en prendrais moi itou !

Penaude, Zoé se dirige à l'escalier vers l'étage. Rendue là, elle jette un coup d'oeil vers la cuisine où Luc prépare le café.

Elle doit être embarrassée par le comportement de son père.

Benoît monte l'escalier avec Zoé. Elle ouvre la porte de sa chambre, mais ne la referme pas.

Elle doit se sentir mal à l'aise d'avoir un gars dans sa chambre à coucher. Ce n'est pas surprenant qu'elle laisse la porte grande ouverte.

Benoît ne s'attendait pas que la chambre de Zoé soit si belle, si propre et si bien rangée.

Quel contraste avec le reste de cette maison délabrée ! D'habitude, une chambre de jeune est en désordre à comparer aux autres pièces d'une maison, mais chez Zoé c'est le contraire.

La senteur de peinture fraîche émane des murs d'un bleu vert comme la mer. Au centre, il y a un tapis rond multicolore sur le plancher de pin. Un lit ancien en fer-blanc avec une très belle couverture piquée verte et rose se trouve en face d'une lucarne aux rideaux en dentelle d'un blanc éblouissant. Niché sous cette fenêtre du pignon, il y a un banc au siège bourré de tissu fleuri rose et sous le banc, une étagère de livres. La commode, la malle et la table de chevet sont toutes des antiquités en bois reluisant.

Sur la table de chevet, il y a un bouquet de fleurs sauvages et un livre ouvert à deux pages d'images de fleurs avec de minuscules visages de femmes au centre de la couronne de pétales. Intrigué, Benoît s'approche et il lit à voix haute le titre d'un chapitre.

— Le monde merveilleux des fées.

Zoé se presse de fermer le livre. Ses joues rougissent.

— Un livre de mon enfance. Mes peintures sont là, dit-elle en hochant le menton vers le mur derrière Benoît. Il se retourne. Trois superbes grandes toiles de paysages boisés sont accrochées au mur. Benoît réalise avec étonnement que sa copine de classe est peintre de calibre professionnel, comme une adulte.

— C'est toi qui as fait ça ? C'est super beau ! Où as-tu appris à peindre comme ça ?

— À la maison. C'est mon père qui m'a appris à peindre.

— Je n'ai jamais remarqué ton talent en classe.

— Depuis mon arrivée, nous ne faisons que du bricolage dans le cours d'art à cette école.

— C'est vrai. Mais tu es une vraie artiste, Zoé ! Le jour où Mme Bourgeois nous demandera de dessiner, elle va avoir une très grande surprise. Toute la classe et même les deux Détraqués seront impressionnés par ton grand talent.

— Deux Détraqués, répète Zoé. Hum… Dan et Éric !

Ils rient du sobriquet de leurs intimidateurs.

Zoé désigne les toiles et dit, « Les vois-tu ? »

Benoît ne voit que des feuilles et des branches parfaitement peintes. Il scrute plus longuement et décerne de petits papillons dans les feuillages. En s'approchant, il réalise qu'il ne s'agit pas de papillons, mais de minuscules fées. Du coup, Benoît pense à la créature ailée de Cap des Demoiselles, quoique son corps squelettique aux ailes de rapace ne ressemble guère aux corps parfaits et aux fines ailes translucides des sublimes fées peintes par Zoé.

— Depuis quand peins-tu des forêts et des fées ?

— Depuis que nous avons emménagé ici. Je me suis inspirée des histoires de mon arrière-grand-mère écossaise qui me parlait des habitants de « Tir-na-Gog. »

— C'est où Ti-Magog ? Au Québec ?

Zoé produit un petit rire.

— Pas Ti-Magog ! Tir-na-Gog. Cet endroit n'existe pas. Ce mot gaélique veut dire le monde de la jeunesse éternelle ou le monde des fées.

Benoît voit un chevalet près d'une autre fenêtre.

— Est-ce que je peux voir cette peinture-là ?

— Oui, mais je ne l'ai pas terminée.

La toile sur le chevalet montre un petit sentier forestier aboutissant à une clairière à moitié peinte, sous un ciel inachevé.

— C'est le sentier derrière notre maison. Veux-tu aller le voir ? demande-t-elle, enthousiaste.

Lorsque Zoé et Benoît demandent à leurs pères la permission d'aller au sentier, ils disent oui et continuent leur conversation. Luc est aussi calme que Serge. Les jeunes en sont soulagés.

Plus ils s'éloignent de la maison, plus Zoé se détend. Le sentier du bois est identique à celui de la peinture. Le sentier mène à un petit marais qu'il longe pour un bout avant de bifurquer vers la forêt.

Zoé s'arrête et prend une grande inspiration de l'arôme des sapins. Benoît l'imite.

— Ça sent tellement bon. C'est incroyable pour moi parce que j'ai grandi en ville, dit-elle.

— Moi aussi.

— Je rêvais toujours de vivre en campagne. Mon père me racontait souvent des histoires de son enfance passée à Memramcook. Ses frères et lui avaient construit un fort dans un arbre. Viens voir !

Ils quittent le sentier et marchent jusqu'au grand érable. Une vieille échelle en corde pend du haut d'une grosse branche où juchent les vestiges d'une plateforme de planches grises.

— Mon père m'a dit qu'il va le réparer et me bâtir une cabane là-dessus.

— T'es chanceuse.

— Oui, mais je ne suis pas certaine que je pourrai en profiter longtemps, dit-elle tristement. Mon père a des ennuis qu'il me cache. Il ne m'en parle pas tout de suite, mais j'ai peur que nous soyons obligés de déménager. C'est pourquoi il n'est pas lui-même aujourd'hui.

Ils entendent Serge crier, « Benoît, c'est le temps de s'en aller souper ! »

Luc et Serge sont debout devant la maison. La senteur du bon pain qui cuit au four et des fèves au lard qui chauffent sur le poêle parvient aux jeunes par la fenêtre ouverte. En rejoignant leurs pères, les jeunes voient que les deux hommes se donnent la main. Serge tape Luc dans le dos amicalement puis se dirige vers son VTT. Benoît le suit et ils disent au revoir à Zoé et Luc qui semblent contents de la visite.

En mettant leurs casques, Serge confie à Benoît que Luc n'était pas ivre à leur arrivée, mais il était plutôt en grande peine.

— Luc n'a jamais eu la vie facile et il vient de recevoir de mauvaises nouvelles qui l'abattent.

-Quelles nouvelles ?

— C'est confidentiel Benoît. Mais je peux possiblement résoudre un petit problème pour lui. Il a besoin de quelqu'un pour garder Zoé après la classe ce mois-ci. Je ne lui ai rien dit, mais je vais en parler à ma tante Madeleine.

Benoît est bouche bée. Il trouve Zoé bien sympathique, mais il ne la veut pas chez sa grand-tante à cause de la quête urgente des Acmaq.

— J'imagine que tu ne dis rien parce que ça te gêne qu'une fille te plaise. Tu te plairais davantage chez ma tante avec quelqu'un de ton âge. Monte, mon grand.

De nouveau en VTT, Benoît est inquiet que le secret de Madouesse risque d'être dévoilé. Il connaît assez bien sa grand-tante pour savoir qu'elle n'hésitera pas à accueillir Zoé pour dépanner Luc, son ancien élève. Vont-ils réussir à communiquer et à protéger les Acmaq pendant tout un mois, sans que Zoé s'en aperçoive ? Sinon, Zoé va tout ruiner !

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