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Trois contes (1877) - Flaubert, Un cœur simple - Chapitre 1 – Κείμενο για ανάγνωση

Trois contes (1877) - Flaubert, Un cœur simple - Chapitre 1

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Un cœur simple - Chapitre 1

Un cœur simple

Pendant un demi-sièclee, les bourgeoises de Pont-l'Évêqueue envièrentt à̀ Mme Aubain sa servante Félicitéé.

Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménagee, cousait, lavait, repassait, savait brider un cheval, engraisser les volailles, battre le beurre, et resta fidèlee à̀ sa maîtressee, – qui cependant n'étaitt pas une personne agréablee.

Elle avait épouséé un beau garçonn sans fortune, mort au commencement de 1809, en lui laissant deux enfants trèss jeunes avec une quantité́ de dettes. Alors, elle vendit ses immeubles, sauf la ferme de Toucques et la ferme de Geffosses, dont les rentes montaient à̀ 5000 francs tout au plus, et elle quitta sa maison de Saint-Melaine pour en habiter une autre moins dispendieuse, ayant appartenu à̀ ses ancêtress et placéee derrièree les Halles.

Cette maison, revêtuee d'ardoises, se trouvait entre un passage et une ruelle aboutissant à̀ la rivièree. Elle avait intérieurementt des différencess de niveau qui faisaient trébucherr. Un vestibule étroitt séparaitt la cuisine de la salle où̀ Mme Aubain se tenait tout le long du jour, assise prèss de la croiséee, dans un fauteuil de paille. Contre le lambris, peint en blanc, s'alignaient huit chaises d'acajou. Un vieux piano supportait, sous un baromètree, un tas pyramidal de boîtess et de cartons. Deux bergèress de tapisserie flanquaient la cheminéee en marbre jaune et de style Louis XV. La pendule, au milieu, représentaitt un temple de Vesta ; – et tout l'appartement sentait un peu le moisi, car le plancher étaitt plus bas que le jardin.

Au premier étagee, il y avait d'abord la chambre de «Madame», trèss grande, tendue d'un papier à̀ fleurs pâless, et contenant le portrait de « Monsieur » en costume de muscadin. Elle communiquait avec une chambre plus petite, où̀ l'on voyait deux couchettes d'enfants, sans matelas. Puis venait le salon toujours fermé́, et rempli de meubles recouverts d'un drap. Ensuite un corridor menait à̀ un cabinet d'étudee ; des livres et des paperasses garnissaient les rayons d'une bibliothèquee entourant de ses trois côtéśs un large bureau de bois noir. Les deux panneaux en retour disparaissaient sous des dessins à̀ la plume, des paysages à̀ la gouache et des gravures d'Audran, souvenirs d'un temps meilleur et d'un luxe évanouii. Une lucarne, au second étagee, éclairaitt la chambre de Félicitéé, ayant vue sur les prairies.

Elle se levait dèss l'aube pour ne pas manquer la messe, et travaillait jusqu'au soir sans interruption ; puis le dînerr étantt fini, la vaisselle en ordre et la porte bien close, elle enfouissait la bûchee sous les cendres et s'endormait devant l'âtree, son rosaire à̀ la main. Personne, dans les marchandages, ne montrait plus d'entêtementt. Quant à̀ la propreté́, le poli de ses casseroles faisait le désespoirr des autres servantes. Économee, elle mangeait avec lenteur, et recueillait du doigt sur la table les miettes de son pain, – un pain de douze livres, cuit exprèss pour elle, et qui durait vingt jours.

En toute saison elle portait un mouchoir d'indienne fixé́ dans le dos par une épinglee, un bonnet lui cachant les cheveux, des bas gris, un jupon rouge, et par-dessus sa camisole un tablier à̀ bavette, comme les infirmièress d'hôpitall.

Son visage étaitt maigre et sa voix aiguë̈. À̀ vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante. Dèss la cinquantaine, elle ne marqua plus aucun âgee ; – et, toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesuréss, semblait une femme en bois, fonctionnant d'une manièree automatique.

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