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InnerFrench - Vol. 1, #75 - Le pouvoir des histoires (2) – Text to read

InnerFrench - Vol. 1, #75 - Le pouvoir des histoires (2)

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#75 - Le pouvoir des histoires (2)

Justement, il y a un auteur qui s'est beaucoup intéressé à cette question du rôle des histoires dans nos civilisations, c'est le professeur israélien Yuval Noah Harari. Vous le connaissez peut-être parce qu'il a écrit un best-seller intitulé « Sapiens », qui a été traduit dans plusieurs langues et qui s'est vendu dans le monde entier. Dedans, Harari essaye d'expliquer d'où vient notre domination sur les autres espèces animales, pourquoi l'homme est au sommet de la chaîne alimentaire, même si on n'est pas l'animal le plus fort, ni même celui qui a le plus gros cerveau.

En fait, la théorie d'Harari, c'est que ce qui nous distingue des autres espèces animales, c'est notre faculté à croire à des choses qui n'existent pas dans la vie réelle. En fait, notre grande force, c'est notre imagination. Par exemple, le fait qu'on croie aux dieux, aux nations, à l'argent, aux droits de l'homme, à toutes ces choses qui n'ont pas d'existence physique, mais qui sont simplement le fruit de notre imagination.

Alors, pourquoi cette capacité a joué un rôle tellement déterminant ? En fait, il montre que, à l'époque de Sapiens, il y avait d'autres espèces humaines qui existaient simultanément (la plus connue, c'est peut-être Néandertal) mais Sapiens était la seule espèce à être capable de vivre dans un groupe de plus de 50 individus. Et ce qui permettait aux sapiens de cohabiter, de coopérer, c'était justement le fait qu'ils croyaient, qu'ils partageaient différentes histoires. Ça, ça permettait d'assurer la stabilité du groupe.

Grâce à ça, Sapiens a pu se multiplier et créer des sociétés de plus en plus larges. Et dans ces sociétés, les entités imaginaires comme Dieu, les nations, les sociétés, les entreprises, etc. ont progressivement pris le dessus. Autrement dit, ces entités ont eu plus d'importance que les réalités objectives comme la nature et les autres espèces animales. Et c'est véritablement ça qui a permis à Sapiens, à l'homme, de dominer le monde.

Alors peut-être que vous vous dites que cette théorie d'Harari est un peu simpliste. Et si c'est le cas, vous n'êtes pas les seuls parce que de nombreux experts l'ont critiquée. Mais elle est tellement séduisante. C'est une histoire tellement bonne que son livre est devenu un best-seller, comme je l'ai dit. Parce qu'en lisant Sapiens, on a l'impression que l'histoire humaine a un sens et qu'on est enfin capable de tout comprendre, de comprendre l'histoire humaine dans sa globalité. Donc ça, c'est vraiment quelque chose de séduisant.

Mais on peut se demander si aujourd'hui, les histoires jouent toujours un rôle aussi important dans nos sociétés. D'un côté, on peut penser que oui, parce que les technologies ont permis de démocratiser ces histoires sous toutes leurs formes. Par exemple, les histoires n'ont jamais été aussi accessibles que maintenant. Non seulement, on a accès à toutes les histoires de nos ancêtres, plus de trois millénaires d'histoires, mais aussi les nôtres et celles du monde entier grâce à Internet. On a un accès qui est instantané et qui est aussi assez démocratique parce que même les plus pauvres, avec une connexion Internet, peuvent avoir accès à la majorité de ces histoires.

D'un autre côté, on voit que la forme de ces récits a évolué. Au début, les histoires étaient principalement transmises par la voie orale. On racontait et on écoutait les histoires. C'était un peu le « bouche à oreille ». On pouvait aussi parfois les regarder parce qu'il y avait une représentation des mythes, par exemple, sur les vases en Grèce, les mythes faisaient l'objet de décorations. On pouvait aussi les voir sur les temples. Et puis, un peu plus tard, avec l'écriture et la démocratisation des livres, grâce à l'imprimerie, on a pu lire les histoires. Et depuis l'invention du cinéma et de la vidéo, on peut dire que les histoires ont pris une nouvelle dimension parce que quand on regarde un film, on a quasiment l'impression de vivre l'histoire en direct, d'être plongé dans cet univers. Et ça, c'est quelque chose d'assez addictif.

Mais même si la forme a changé, le fond reste le même. Souvent, on fait l'opposition, en français, entre le « fond » et la « forme ». La forme, c'est la manière de présenter quelque chose et le fond, c'est le contenu. Je dis que le fond reste le même parce que la plus vieille histoire du monde, c'est une histoire qui s'appelle « L'épopée de Gilgamesh », qui remonte à l'époque de la Mésopotamie, le troisième millénaire avant Jésus-Christ (quand je dis « la plus vieille histoire du monde », c'est parce que c'est celle dont on a une trace écrite).

Et l'épopée de Gilgamesh, c'était l'histoire d'un roi tyrannique (qui a peut-être existé, on n'est pas sûr) qui voulait devenir immortel. Et pour ça, il a dû affronter les dieux de la Mésopotamie (donc ça peut un peu rappeler l'histoire d'Hercule, par exemple). Et en fait, dans L'épopée de Gilgamesh, il y a déjà tous les thèmes majeurs du récit initiatique.

Le récit initiatique, c'est ce type d'histoire qui est très populaire dans les films. Quand il y a un héros qui ne sait pas encore qu'il est un héros et qui va devoir vivre une aventure pour découvrir son pouvoir, découvrir son talent. Et ensuite évoluer et revenir dans son univers, mais avec des nouvelles capacités. J'avais consacré un épisode à ce sujet. C'était un épisode qui s'appelait « Comment créer le héros parfait ». Et en fait, ce type d'histoires est extrêmement populaire dans les films hollywoodiens.

Et quand on regarde L'épopée de Gilgamesh, eh bien il y a déjà tous les ingrédients de ce type d'histoires : donc, des questions sur la vie, la mort, le destin de l'homme, la gloire, la sagesse, le bonheur, l'amitié, etc. etc., toutes ces grandes interrogations, tous ces grands thèmes qui sont relatifs à la condition humaine.

Alors, cette popularité des histoires peut sembler assez paradoxale parce qu'il y a un sociologue allemand, Max Weber, qui avait prédit, au début du XXème siècle, le « désenchantement du monde ». Je vous ai déjà parlé de ce concept dans l'épisode 39 sur l'amour avec la sociologue Eva Illouz. Donc le sociologue Max Weber, avec ce concept de désenchantement du monde, il voulait dire que dans les sociétés modernes, il y a un recul des croyances magiques et religieuses, que toutes ces croyances sont en train de disparaître au niveau collectif et qu'elles sont remplacées par les explications scientifiques, le rationalisme. Bref, c'est tout ce qu'on appelle la sécularisation. Par exemple, au lieu d'expliquer qu'il pleut parce que les dieux sont en colère, eh bien on utilise la météorologie. On utilise des explications scientifiques pour expliquer les phénomènes naturels.

Alors, pour certains, ce désenchantement du monde, c'est une forme de progrès social. Ça montre que l'obscurantisme est en train de reculer, que de plus en plus de gens ont accès à la connaissance. C'est ce que souhaitaient les philosophes des Lumières au XVIIIème siècle.

Mais il y a un autre camp qui dit que ce désenchantement du monde, ça correspond à une perte de sens, que maintenant, l'homme moderne est inondé en permanence de flux d'informations et qu'il n'a plus le temps de se poser les questions profondes, les questions qui touchent à sa condition et à la spiritualité.

Donc, si on suit cette logique du désenchantement du monde, les histoires devraient complètement disparaître de nos sociétés et être remplacées par la science et des explications « rationnelles ».

Pourtant, aujourd'hui, on semble avoir de plus en plus besoin d'histoires pour expliquer la complexité du monde. Et il y a plusieurs exemples qui peuvent confirmer ça.

Par exemple, il y a un retour à des formes de spiritualité comme la méditation. Moi, je vous ai dit que j'ai commencé la méditation il y a deux ans maintenant et j'essaye d'être régulier. Ça, on pourrait dire que c'est une forme de spiritualité, même si c'est une forme de spiritualité sécularisée qui n'est pas forcément religieuse.

Et puis, il y a aussi la popularité des théories du complot. J'avais fait un épisode sur les théories du complot. Quand on essaye d'expliquer un événement avec des théories qui sont différentes des versions officielles (qui sont, en général, des versions scientifiques). La popularité des théories du complot prouve que nous, les hommes, on a toujours besoin des histoires pour expliquer certaines choses parce que les explications scientifiques sont parfois trop complexes, qu'elles ne sont pas satisfaisantes. Alors, au lieu d'essayer de comprendre le réchauffement climatique, eh bien on préfère se dire que c'est une invention du gouvernement chinois.

On préfère ce genre d'histoires aux explications scientifiques.

En conclusion, on peut dire que les histoires ont deux grands pouvoirs, deux super pouvoirs. D'abord, celui de fédérer des individus et de les faire coopérer, même s'ils ne font pas partie de la même famille, même s'ils ne se connaissent pas. Mais aussi le pouvoir de donner du sens : donner du sens à notre existence et donner du sens au monde, en particulier quand celui ci devient trop complexe. Mais à mon avis, les histoires ont aussi un troisième pouvoir.

Je vous dis toujours que, quand on essaye d'apprendre une langue, on a besoin d'avoir des contenus intéressants. Et je pense qu'il n'y a aucun contenu plus passionnant qu'une bonne histoire. C'est pour ça que j'ai décidé d'appeler mon nouveau cours « Raconte ton histoire ».

Alors ce cours, c'est la suite de Build a Strong Core. Il est un peu plus avancé. Et quand je dis « Raconte ton histoire », histoire ici, ça fait référence à notre vie, notre histoire personnelle. Mais en français, quand on dit « raconter sa vie », ça a une connotation un peu négative. Par exemple, si vous dites : « ah, mon grand-père raconte toujours sa vie », ça veut dire qu'il passe son temps à parler de lui et que c'est un peu ennuyeux de l'écouter. Donc, j'ai préféré appeler ce programme « Raconte ton histoire » et pas « raconte ta vie ».

Il a deux objectifs principaux. Le premier, c'est d'être capable de comprendre. Et le deuxième, c'est d'être capable de raconter. Pour ça, j'ai interviewé quatre de mes amis et avec eux, on a eu des discussions authentiques, pas des discussions qui étaient écrites à l'avance avec un script (comme dans certains cours de français) mais j'avais une liste de questions que je leur ai posées et on a discuté comme on l'aurait fait dans un café. Donc c'était vraiment une discussion complètement naturelle.

Et pour vous aider à les comprendre, j'ai divisé ces interviews en plusieurs leçons avec des quiz. Dans ces quiz, vous pouvez apprendre à la fois des expressions de vocabulaire et puis aussi des structures qui appartiennent plutôt au français informel. Ça, malheureusement, c'est quelque chose qui n'est pas beaucoup présent dans les cours pour apprendre le français. Et à mon avis, c'est pour ça que vous avez du mal à comprendre les films, à comprendre les vidéos sur YouTube. Et justement, avec ce programme, j'essaye de vous expliquer tout ça.

Donc, une partie de ce programme, c'est ces interviews et l'autre, c'est des histoires pour mieux comprendre la société française. Par exemple, je vous raconte la vie de l'acteur Gérard Depardieu, la création de l'école des présidents qui s'appelle l'ENA, mais aussi comment se sont passés les attentats de 2015. Et puis, je ne vais pas vous faire toute la liste des leçons parce qu'il y en a beaucoup, mais il y en a deux autres dans lesquelles on analyse des extraits de romans, des romans plutôt récents, pour avoir une approche un peu plus littéraire.

Et également, il y a une partie de grammaire. Et dans cette partie de grammaire, on s'intéresse aux temps du passé. Comment utiliser correctement le passé composé, l'imparfait le plus-que-parfait, ainsi que le conditionnel et les hypothèses. Et pour vous entraîner, il y a quatre-vingts exercices interactifs.

Bref, si vous voulez en savoir plus sur le programme, je vous invite à aller sur mon site innerfrench.com Vous allez trouver toutes les informations. Il est ouvert depuis mercredi et il le sera seulement pour une semaine. Ensuite, comme d'habitude, je fermerai les inscriptions et il faudra attendre quatre mois avant de pouvoir à nouveau vous inscrire. Donc voilà, si ça vous intéresse, je vous conseille d'aller faire un tour sur mon site dès maintenant.

Voilà, l'épisode touche à sa fin. Mais avant de vous laisser, on va écouter le témoignage d'une auditrice du podcast.Salut Hugo,Je m'appelle Laura et j'habite dans le Connecticut aux États-Unis. Merci pour tes podcasts et pour Build a Strong Core. Mais tous les quiz sont très difficiles pour moi. Je dois répondre aux quiz beaucoup de fois et je ne fais jamais tout correctement même quand j'ai fait les quiz deux, trois ou quatre fois. Je continue d'oublier les règles. Peut-être que je suis tout simplement trop vieille (j'ai 68 ans).

Mais peut-être que tu peux me dire, s'il te plaît, quel est le rôle des comiques en France ou en Pologne ? Ici, on a Steven Colbert, John Oliver, Samantha Bee, Trevor Noah. Ils sont très politiques et très anti-Trump, parce que beaucoup de gens ici sont très inquiets à propos de choses que Trump fait et dit. Et je me demande si c'est pareil en France ou en Pologne : les comiques se moquent-ils du président Macron ou de Kaczynski ? Peut-être que tu peux faire un podcast sur le sujet des comiques en France ou en Pologne.

Et c'est tout ! Merci pour toutes les choses que tu dis et tu fais. Tu es merveilleux. Et les podcasts et Build a Strong Core sont très bénéfiques. Et merci !

Merci Laura pour tous ces compliments. Je suis vraiment flatté. Je suis désolé que tu aies un peu de mal avec les exercices du cours. Je voudrais te rassurer : non, tu n'es pas trop vieille ! Dans mes cours, j'inclus des leçons et des explications de grammaire mais c'est seulement pour vous aider à clarifier certains points. Je pense que vraiment, pour apprendre la grammaire, la meilleure façon, c'est de pratiquer la langue. Pratiquer, ça veut dire à la fois s'exprimer à l'oral et à l'écrit, mais pratiquer la compréhension. Pour moi, c'est vraiment en mettant tout ça en application que vous allez réussir à apprendre la langue. Et les explications de grammaire dans les livres ou dans mes cours, c'est seulement un bonus. Donc ne te décourage pas, continue ! Dans ton message, tu n'as quasiment pas fait d'erreurs. Donc je pense que tu as vraiment un bon français. Et c'est pas grave si tu fais quelques erreurs dans les exercices de mon cours.

Merci également pour ta suggestion de sujet. C'est une très, très bonne idée. Personnellement, je suis un grand fan de John Oliver. Je regarde toutes ses vidéos. Et je ne pense pas qu'on ait vraiment d'équivalent en France, mais je pense qu'il y a quand même pas mal de choses à dire. Donc, je te promets d'y consacrer un épisode l'année prochaine.

Voilà, on va s'arrêter là. Merci de m'avoir écouté jusqu'au bout. A mon avis, il n'y aura pas d'autre épisode en décembre, donc je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année. Profitez bien du temps avec votre famille. Reposez-vous (c'est ce que je veux faire moi aussi). Et puis, on se retrouve l'année prochaine, en 2020, pour continuer notre aventure avec le français. Un grand merci à tous et à bientôt.

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