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Le Ciné-Club de M.Bobine, Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro : l'analyse de M. Bobine (2)

Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro : l'analyse de M. Bobine (2)

entre le clergé catholique et le franquisme à cette époque.

Sachez d'ailleurs que la réplique de l'homme de foi à la table de Vidal

est directement issue directement d'un prêche fait à des prisonniers républicains

détenus dans un camps de concentration.

A cette tables ne sont donc acceptés que des fascistes ou des personnes aliénées.

Trop libre, la jeune Ofelia est donc privée de repas.

Le dîner nous entraîne directement vers la seconde épreuve,

la plus effrayante, celle de l'Homme Pâle.

Les deux scènes sont en effet construite en miroir.

Après avoir été forcé au jeûne la fillette doit désormais resister à la nourriture.

Le décors et les valeurs de plans similaires à la scène précédente

indiquent clairement les intentions du cinéaste.

Mais la figure de l'homme pâle ne se limite pas à une allégorie de Vidal

ou même du fascisme en général.

on peut distinguer d'autre influence derrière ce monstre fascinant.

Ainsi il évoque au premier abord les ogres dévoreur d'enfants,

les scénettes peintent sur les murs viennent renforcer ce sentiment.

Mais ces images, dans leur arrangement et leur style,

peuvent également faire penser à des stations d'un chemin de croix,

de même les yeux posés sur un plateau sont un des attributs de saint Lucie,

et sont présentés comme une relique.

Enfin les trous dans les mains de l'homme pâle ressemblent à des stigmates,

évoquant, si ce n'est le Christ lui même,

au moins un saint recevant ces blessures en signe de son élévation spirituelle.

La tanière de l'homme pale est donc une sorte d'église dégénérée,

montrant le véritable visage d'une institution

ayant largement collaboré avec la dictature franquiste.

La version donnée par Del Toro lui-même va d'ailleurs dans ce sens :

le monstre représente le mal institutionnel.

L'épreuve est également l'illustration d'une réalité beaucoup plus terre à terre,

car au moment où se déroule le film,

la péninsule ibérique était confrontée à de gros problème de pénurie.

Ce contexte est distillé par touches dans le film,

à l'image des problèmes de ravitaillement.

Les files de villageois attendant la nourriture en écoutant la propagande du régime,

l'importance de la réserve dans le récit

et bien sur la deuxième épreuve, sont des illustrations du fait

que l'on mourrait de faim dans l'Espagne des années 40.

Il est plus facile de comprendre l'attitude d'Ofelia face au festin interdit

quand on sait qu'elle a probablement subi d'importantes privations

au cours de ces dernières années.

La dernière épreuve, qui se déroule dans le labyrinthe,

met finalement face à face les deux personnages principaux du film.

On remarque alors que Vidal et Ofelia ont quasiment le même objectif.

En effet, la jeune fille souhaite retrouver sa vraie famille dans un royaume magique,

tandis que le colonel veut vivre avec son fils dans une Espagne unie où l'Ordre règne.

Les deux personnages sont prêts à tout pour parvenir à leurs fins.

Vidal n'a aucun scrupule quand il s'agit de détruire tout ce qui s'oppose à lui

et Ofelia a risqué sa vie plusieurs fois pour parvenir à ce point fatidique.

Leurs destin sera d'ailleurs le même puisqu'ils sont tous deux abattus.

Mais les choix qui les ont menés à cette issue fatale sont radicalement différents.

Le colonel a choisis la voie la plus facile,

celle de la violence et de l'obéissance à une doctrine

qui veut annihiler tout ce qui lui est étranger.

Mais sa défaite est totale,

d'une part il ne connaît pas la « bonne mort » dont il rêvait

et parce qu'il est condamné à l'oubli.

En effet,

son dernier fait d'arme est d'avoir lâchement abattu une enfant sans défenses,

puis il meurt misérablement en sachant que son fils, sauvé par une républicaine

ne saura rien de ses origines

et pourra ainsi échapper à l'héritage mortifère que Vidal voulait lui léguer.

On peut d'ailleurs noter que cette scène fait probablement écho à un fait historique,

celui des enfants enlevé à leur parents dissidents par les autorités franquistes

pour être élevés par des parents fidèles au régime.

Cette affaire a été largement passée sous silence,

même après la fin de la dictature et est toujours d'actualité en espagne

où de nombreux anciens enfants “volés” cherchent à connaître leurs origines .

Cette “inversion des rôles” concernant le sort du bébé

est peut être un commentaire sur l'espagne post franquiste,

désirant tourner la page et n'ayant pas vraiment fait la lumière sur un passé douloureux.

Pour revenir à Ofélia,

contrairement au Colonel Vidal,

c'est bien son parcours et non sa nature qui la rendent immortelle

et lui permettent de retrouver sa place sur le trône.

Car le labyrinthe est avant tout un lieu de cheminement.

Pour elle la demande de la divinité est inacceptable.

Contrairement à Abraham qui accepte les ordre de son dieu

et manque de sacrifier son enfant,

Ophélia préfère affronter la colère de personnages plus puissant qu'elle.

En refusant une fois de plus d'obéir, que ce soit à Pan ou à Vidal,

elle préserve un innocent.

Son libre arbitre lui coûte la vie, mais c'est elle qui a une « bonne mort ».

L'altruisme, l'imagination et la liberté dont fait preuve la jeune fille

tout au long de son aventure

lui ouvrent alors les portes de l'outre-monde dont elle a rêvé.

Et le derniere plan du film donne lui aussi une note d'espoir,

puisque même si Ofelia a rejoint un autre monde,

elle laisse sa marque et de l'espoir dans le nôtre.

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