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Zeste de Science, Comment tu regardes l'art ? - Feat. NaRt - ZdS#15

Bonjour à toutes et à tous !

Est-ce que ça vous est déjà arrivé

de vous retrouver face à un tableau

et de n'absolument pas savoir où regarder ?

Tellement ... de détails...

Dans ces moments-là, on est tenté de penser :

"Bon... Non mais vraiment je m'y connais pas assez..."

"Je sais pas vraiment où regarder parce que ..."

"Bon moi et l'art..."

"Pff ...Voilà quoi..."

Et bien, figurez-vous que votre regard de néophytes peut en apprendre autant

aux chercheurs que celui des experts,

grâce à un savant mélange d'informatique,

de sciences humaines et d'histoire des arts.

Ca fait longtemps que les chercheurs se questionnent

sur la réception des oeuvres d'art :

Où le regard du spectateur se pose-t-il ?

Ce regarde varie-t-il en fonction

de l'âge, de la formation, du contexte

dans lequel se trouve le spectateur ?

Alors certes, on a déjà eu recours à des questionnaires ou à l'eye-tracking,

(oculométrie, dans la langue de Molière, s'il vous plaît),

mais ces deux procédés

présentent plusieurs limitations.

Le questionnaire nécessite un recours au langage

qui est plus limité chez l'enfant

et plus expert chez l'historien de l'art, par exemple.

Quant à l'eye-tracking,

il ne tient compte que de l'endroit où les yeux se posent sur l'œuvre,

sans savoir si le spectateur regarde vraiment cette zone,

tout en lui attribuant du sens,

ou s'il l'effleure simplement du regard.

Je veux dire...

On a déjà tous regardé une chose,

tout en pensant à une autre.

Hummmm

Et si je mangeais un brownie.

Le sociologue Mathias Blanc, lui, a choisi une solution alternative :

L'utilisation du tracé.

Armés de tablettes tactiles,

les spectateurs sont invités

à indiquer à l'aide de traits, de points et de ronds,

les éléments du tableau

qui attirent leurs regards

et qu'ils estiment importants.

Exit la barrière sociale du langage.

Ce questionnaire est entièrement visuel,

puisque c'est à partir d'une reproduction du tableau

que les spectateurs s'expriment.

Le nom de ce formidable joujou analytique :

l'Iconik Analysis Toolkit,

ou IKONIKAT pour les intimes.

Et croyez-moi IKONIKAT, ça change tout !

Prenez par exemple

la réunion musicale des frères Le Nain.

Beaucoup de spectateurs se montraient

perplexes quant au titre du tableau,

qui ne correspondait pas à ce qu'il évoquait chez eux.

Cet intitulé a été donné par des experts,

bien après la réalisation de l'œuvre,

en se basant sur une interprétation

très savante mais pas unique.

En effet, les relevés des tracés montrent

que les spectateurs non experts

eux y voient plutôt une scène de fiançailles.

Cette interprétation, elle est loin d'être incohérente.

Elle est même tout à fait plausible.

Et elle permet d'engager un dialogue très intéressant entre le savoir expert

et le regard néophyte

Bien sûr pour en arriver là,

il faut analyser une quantité astronomique de tracés

Afin d'obtenir des statistiques iconométriques exploitables,

il faut donc faire intervenir

un brin magie

ou d'informatique en l'occurrence.

On peut ainsi en apprendre beaucoup sur la manière

dont Roger, cadre supérieur, féru d'histoire de l'art, venu seul au musée

regarde une œuvre des frères Le Nain

et savoir en quoi sa manière de voir le tableau

diffère de celle de Lucie, 10 ans,

venue en visite scolaire avec toute sa classe.

En superposant les différents tracés,

on obtient ainsi une carte de chaleur

où les zones les plus chaudes

correspondent à celles où le nombre d'intéractions

a été le plus important.

On peut ainsi comparer les résultats entre un groupe

ayant été sensibilisé à l'histoire de l'art

et un groupe n'ayant pas reçu de formation particulière dans le domaine.

Prenez par exemple, cette allégorie de la justice signée Jean-Baptiste Wicar.

Les néophytes se sont focalisés

sur l'aspect violent de la scène

avec des tracés autour du glaive et du bébé suspendu.

Pendant ce temps-là,

un groupe ayant reçu des leçons sur le sujet

et informé sur ce qu'est une allégorie,

s'est concentré sur les mains de Salomon

qui, posée sur son cœur et tendue vers l'avant,

symbolisent la justice.

IKONIKAT, contre toute attente,

y compris celle de son créateur Mathias Blanc,

se révèle avoir des retombés dans le champ de la pédagogie.

En effet, savoir comment les publics

observent les œuvres d'art, permet aux musées

de mieux adapter leurs scénographies

afin d'optimiser l'expérience et la réception artistiques.

Vraiment ?

C'est là-dessus que tu te focalises ?

Pour reprendre notre allégorie de la justice,

un musée pourra choisir par exemple

d'installer un cartel explicatif

afin de signaler aux spectateurs

la symbolique derrière la gestuelle de Salomon.

Ce type de dispositif permet d'adapter le discours muséal

à différents types de spectateurs.

Ce qui est essentiel,

car le sens et l'interprétation d'une œuvre d'art

ne sont pas figés.

IIs évoluent avec le temps

en fonction de celles et ceux qui la regardent.

En retour, les regards néophytes peuvent aussi

beaucoup en apprendre aux experts.

Donc la prochaine fois que vous ne saurez pas quoi regarder

dans un tableau,

dites-vous que les conservateurs ont autant à en apprendre

de vous, que vous d'eux.

Hey ! Attends mais ...

Comment on fait pour les monochromes alors ?

Ah ben c'est sûr, tout de suite, si tu débarques avec Malevitch...

ça risque de noircir le tableau.

Si la vidéo vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner.

Et allez faire un tour sur la chaîne de NaRt.



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Bonjour à toutes et à tous !

Est-ce que ça vous est déjà arrivé

de vous retrouver face à un tableau

et de n'absolument pas savoir où regarder ?

Tellement ... de détails...

Dans ces moments-là, on est tenté de penser :

"Bon... Non mais vraiment je m'y connais pas assez..."

"Je sais pas vraiment où regarder parce que ..."

"Bon moi et l'art..."

"Pff ...Voilà quoi..."

Et bien, figurez-vous que votre regard de néophytes peut en apprendre autant

aux chercheurs que celui des experts,

grâce à un savant mélange d'informatique,

de sciences humaines et d'histoire des arts.

Ca fait longtemps que les chercheurs se questionnent

sur la réception des oeuvres d'art :

Où le regard du spectateur se pose-t-il ?

Ce regarde varie-t-il en fonction

de l'âge, de la formation, du contexte

dans lequel se trouve le spectateur ?

Alors certes, on a déjà eu recours à des questionnaires ou à l'eye-tracking,

(oculométrie, dans la langue de Molière, s'il vous plaît),

mais ces deux procédés

présentent plusieurs limitations.

Le questionnaire nécessite un recours au langage

qui est plus limité chez l'enfant

et plus expert chez l'historien de l'art, par exemple.

Quant à l'eye-tracking,

il ne tient compte que de l'endroit où les yeux se posent sur l'œuvre,

sans savoir si le spectateur regarde vraiment cette zone,

tout en lui attribuant du sens,

ou s'il l'effleure simplement du regard.

Je veux dire...

On a déjà tous regardé une chose,

tout en pensant à une autre.

Hummmm

Et si je mangeais un brownie.

Le sociologue Mathias Blanc, lui, a choisi une solution alternative :

L'utilisation du tracé.

Armés de tablettes tactiles,

les spectateurs sont invités

à indiquer à l'aide de traits, de points et de ronds,

les éléments du tableau

qui attirent leurs regards

et qu'ils estiment importants.

Exit la barrière sociale du langage.

Ce questionnaire est entièrement visuel,

puisque c'est à partir d'une reproduction du tableau

que les spectateurs s'expriment.

Le nom de ce formidable joujou analytique :

l'Iconik Analysis Toolkit,

ou IKONIKAT pour les intimes.

Et croyez-moi IKONIKAT, ça change tout !

Prenez par exemple

la réunion musicale des frères Le Nain.

Beaucoup de spectateurs se montraient

perplexes quant au titre du tableau,

qui ne correspondait pas à ce qu'il évoquait chez eux.

Cet intitulé a été donné par des experts,

bien après la réalisation de l'œuvre,

en se basant sur une interprétation

très savante mais pas unique.

En effet, les relevés des tracés montrent

que les spectateurs non experts

eux y voient plutôt une scène de fiançailles.

Cette interprétation, elle est loin d'être incohérente.

Elle est même tout à fait plausible.

Et elle permet d'engager un dialogue très intéressant entre le savoir expert

et le regard néophyte

Bien sûr pour en arriver là,

il faut analyser une quantité astronomique de tracés

Afin d'obtenir des statistiques iconométriques exploitables,

il faut donc faire intervenir

un brin magie

ou d'informatique en l'occurrence.

On peut ainsi en apprendre beaucoup sur la manière

dont Roger, cadre supérieur, féru d'histoire de l'art, venu seul au musée

regarde une œuvre des frères Le Nain

et savoir en quoi sa manière de voir le tableau

diffère de celle de Lucie, 10 ans,

venue en visite scolaire avec toute sa classe.

En superposant les différents tracés,

on obtient ainsi une carte de chaleur

où les zones les plus chaudes

correspondent à celles où le nombre d'intéractions

a été le plus important.

On peut ainsi comparer les résultats entre un groupe

ayant été sensibilisé à l'histoire de l'art

et un groupe n'ayant pas reçu de formation particulière dans le domaine.

Prenez par exemple, cette allégorie de la justice signée Jean-Baptiste Wicar.

Les néophytes se sont focalisés

sur l'aspect violent de la scène

avec des tracés autour du glaive et du bébé suspendu.

Pendant ce temps-là,

un groupe ayant reçu des leçons sur le sujet

et informé sur ce qu'est une allégorie,

s'est concentré sur les mains de Salomon

qui, posée sur son cœur et tendue vers l'avant,

symbolisent la justice.

IKONIKAT, contre toute attente,

y compris celle de son créateur Mathias Blanc,

se révèle avoir des retombés dans le champ de la pédagogie.

En effet, savoir comment les publics

observent les œuvres d'art, permet aux musées

de mieux adapter leurs scénographies

afin d'optimiser l'expérience et la réception artistiques.

Vraiment ?

C'est là-dessus que tu te focalises ?

Pour reprendre notre allégorie de la justice,

un musée pourra choisir par exemple

d'installer un cartel explicatif

afin de signaler aux spectateurs

la symbolique derrière la gestuelle de Salomon.

Ce type de dispositif permet d'adapter le discours muséal

à différents types de spectateurs.

Ce qui est essentiel,

car le sens et l'interprétation d'une œuvre d'art

ne sont pas figés.

IIs évoluent avec le temps

en fonction de celles et ceux qui la regardent.

En retour, les regards néophytes peuvent aussi

beaucoup en apprendre aux experts.

Donc la prochaine fois que vous ne saurez pas quoi regarder

dans un tableau,

dites-vous que les conservateurs ont autant à en apprendre

de vous, que vous d'eux.

Hey ! Attends mais ...

Comment on fait pour les monochromes alors ?

Ah ben c'est sûr, tout de suite, si tu débarques avec Malevitch...

ça risque de noircir le tableau.

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